Concerts classiques - Jean-Cellbastien Bach et sa ludique insolence

Ce qui manquait sans doute à Walter Boudreau, transformé pour l'occasion en «Jean-Cellbastien Bach» des temps modernes, c'est un titre accrocheur à son œuvre et une efficacité dans l'utilisation des réseaux sociaux, qui auraient dû transformer la jubilatoire expérience de ce dimanche en véritable happening branché.

En organisant Apportez votre cellulaire en début de Festival Montréal/Nouvelles musiques, le directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec souhaitait repenser la relation entre la musique de création et le public au sens large. Comment mieux replacer la création sonore dans le quotidien qu'en puisant dans ce même quotidien les éléments de l'objet créé?

Le public a répondu, mais Walter Boudreau et Yves Daoust, responsable des sons électroniques, n'ont pas atteint l'objectif de réunir 1200 spectateurs répartis en 12 groupes de 100. L'autre objectif, celui de rendre les spectateurs participatifs et captifs du processus, a, par contre, été rempli.

Il suffisait de voir les mines réjouies des petits et grands, des néophytes comme des mélomanes pour comprendre que l'expérience a séduit. On espère que la SMCQ lancera maintenant — même a posteriori — le concours «baptisez l'oeuvre»!

Le principe d'Apportez votre cellulaire est celui d'une déconstruction en variations du Prélude et fugue en do du 1er Livre du Clavecin bien tempéré de Bach. La partie acoustique comprend l'orgue, le clavecin et un quintette à vent, tous deux amplifiés. Une création électroacoustique délimite un large périmètre dans lequel douze groupes d'auditeurs, instrumentistes d'un jour, répartis dans l'église, font sonner leur cellulaire à des instants précis, guidés par leurs chefs de pupitre respectifs.

L'assistance étant la moitié de celle qui était espérée, le contrepoint des cellulaires était un peu faible par rapport à la remarquable installation sonore amplifiée. Autre effet inattendu: s'il est facile de déclencher une sonnerie de cellulaire, il est en revanche plus délicat de l'interrompre avec précision. Vous me direz que c'était un peu la même chose quand Pavarotti chantait...

Quant à la création de Boudreau et Daoust, elle est habile, puisqu'elle sert régulièrement au public des repères sonores dans lesquels le filigrane du Prélude de Bach prend plus de place que ce qui était annoncé. Il y a en tout cas une belle insolence dans cet acte créatif et un souci qui devrait être bien plus présent à l'esprit des compositeurs: celui de l'implication, de la satisfaction et du plaisir du public.

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1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 21 février 2011 11 h 28

    La ritournelle du vieux Georges

    Le temps ne fait rien à l'affaire.
    Quand on est con, on est con.
    Qu'on ait 20 ans, qu'on soit grand-père,
    Quand on est con, on est con.
    -Georges Brassens