Festival Montréal/Nouvelles musiques - Le big bang des nouvelles musiques, 50 ans après

Marc Béland, que l'on aperçoit à la gauche de Walter Boudreau, participera au concert «Apportez votre cellulaire».<br />
Photo: Photo Rogerio Barbosa Marc Béland, que l'on aperçoit à la gauche de Walter Boudreau, participera au concert «Apportez votre cellulaire».

Hier soir s'est ouvert le 5e Festival Montréal/Nouvelles musiques avec la reprise de La vie qui bat, chorégraphie de Ginette Laurin sur Drumming de Steve Reich. Ce spectacle donne le ton d'une manifestation sous-titrée Musiques en mouvements, qui se prolongera jusqu'à samedi prochain.

Montréal/Nouvelles musiques, MNM pour les intimes, c'est un mouvement en soi; un flux continu d'événements qui pourtant ont l'air de se télescoper, notamment en fin de parcours. Walter Boudreau, directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec et du MNM, ne nie pas qu'en soulevant cela Le Devoir pointe ce qu'il appelle lui-même «l'enfer»: «Tout le monde veut aller au ciel. Mais on s'est fendu en quatre en faisant l'horaire; c'est un tour de magie.»

Parmi les 28 concerts de cette semaine, neuf comprennent de la danse. S'y adjoignent des expositions et un important colloque, du 23 au 26 février, sur le thème «50 ans de création musicale au Québec». C'est en effet il y a cinquante ans, en août 1961, que Pierre Mercure organisa à Montréal la Semaine internationale de musique actuelle

Cellule originelle


Walter Boudreau est heureux que son confrère Jean Lesage ait rappelé à tout le milieu de la musique contemporaine l'anniversaire de cet événement fondateur. «Nous avons tergiversé quant à savoir s'il fallait recréer l'événement ou y faire allusion», résume le directeur de MNM. L'idée de recréation n'a pas fait long feu. «Certaines des oeuvres présentées en 1961 sont mort-nées. Par contre, des gens qui ont participé à cette semaine ont produit par la suite des oeuvres qui ont survécu au goût du jour.»

Dans ce processus de sélection, Walter Boudreau inclut son prédécesseur, maître et ami Serge Garant: «Pour moi, l'oeuvre de Garant présentée par Maurizio Kagel en 1961 a très mal vieilli, mais Plages (1981), son avant-dernier opus [que Paolo Bellomia dirigera le 25 février dans le cadre de MNM], est tout à fait réussi; c'est un condensé de son esthétique, tant et si bien qu'à la fin, Garant, après tout son parcours sériel, est revenu aux modes à transposition limitée de Messiaen.»

Boudreau se souvient, amusé, d'une de ses dernières discussions avec Serge Garant au bord du lac Massawippi: «Je suis comme un serpent qui se mord la queue: j'en reviens aux premiers modes que j'utilisais quand j'avais 20 ans!», disait Garant. Et Walter Boudreau de poursuivre: «Je lui ai demandé: "Ça ne te tenterait pas d'écrire de beaux accords de si bémol mineur?" Il m'a dit: "Jamais!", mais en riant. Je regrette qu'il n'ait pas survécu; il en aurait fait, de beaux accords de si bémol mineur, car c'était un admirateur de Mahler, même s'il ne le criait pas sur les toits!»

Pas de retour à 1961, donc. Aux yeux du directeur de MNM, il s'agit de se nourrir et de s'inspirer de ce que les pionniers ont fait, mais sans forcément se replacer dans le contexte. Parfois, cela vaut mieux... «À l'époque, les gens faisaient caca sur scène; Stravinski et Picasso pissaient sur les portes de l'Opéra de Milan et Louis Andriessen et Reinbert de Leeuw lançaient des tomates pourries à Amsterdam.» Soyons prudents...

Walter Boudreau voit 1961 comme «la cellule originelle d'un grand développement de la vie musicale au Québec», qui a notamment mené à la naissance de la SMCQ. «Pierre Mercure a posé des questions fondamentales. Il faut se les reposer et voir ce qui s'est passé en 50 ans.» Le successeur de Mercure relève qu'il y a aujourd'hui 200 compositeurs au Québec et 30 ensembles à Montréal qui oeuvrent dans la musique de création, «alors qu'à l'époque, Serge Garant, François Morel et Otto Joachim payaient de leur poche pour se faire un concert dans le sous-sol de la bibliothèque Saint-Sulpice.»

La musique et le peuple

L'objectif principal de Walter Boudreau est de parvenir à intégrer la musique contemporaine dans la société. «Le festival tient compte de la réalité sociale politique et économique du Québec et je cherche à donner avec nos moyens un portrait instantané de ce qui se fait; un portrait sous un angle plus large que ce que peut donner chacun des ensembles séparément.»

Parmi les grosses curiosités de cette édition 2011 de MNM, il y aura demain, dimanche, à 14h, à l'église Saint-Jean-Baptiste (entrée libre), le concert-événement Apportez votre cellulaire. C'est évidemment nul autre que Walter Boudreau qui est à l'origine d'une telle idée. «J'aime beaucoup équilibrer ma folie musicale entre les choses que je fais dans une grande solitude et sans contraintes autres que celles que je m'impose en tant que compositeur et ma position d'activiste très intéressé par la problématique qui existe entre la musique de concert et le peuple.»

Cette même réflexion avait donné lieu à la Symphonie du Millénaire il y a une décennie. «Je fais beaucoup de gestes — peut-être pour racheter mes péchés compositionnels! — afin de faire prendre conscience du phénomène musical autrement qu'en étant assis dans un concert d'orchestre à écouter une symphonie de Brahms ou debout dans une discothèque avec un groupe pop.» En demandant à chaque spectateur d'apporter son cellulaire, Boudreau cherche à associer à la musique des sons de notre époque dans l'esprit d'Edgar Varèse, pour lequel «la musique est l'art d'organiser les sons» — indépendamment, donc, de toute nécessité de la rendre agréable à l'oreille.

«J'ai décidé de structurer des sonneries à l'intérieur d'une composition très sérieuse réalisée avec mon ami Yves Daoust, qui en assure la partie électroacoustique», dit Boudreau. L'oeuvre est construite à partir du Prélude et fugue en do du Clavier bien tempéré de Bach, joué dans un premier temps au clavecin par Geneviève Soly, puis déconstruite. Dans la fugue, Boudreau et Daoust ont incorporé «des contrepoints de téléphones cellulaires».

Les compositeurs espèrent réunir 12 groupes de 100 personnes avec leurs téléphones. Un «sous-chef» sera posté devant chaque groupe. Tous ces «sous-chefs» seront reliés à une piste temporelle qui leur donnera la battue et les entrées. Chacun de ces 12 groupes réagira donc aux signaux de son chef en faisant sonner les téléphones. «On va demander que les sonneries soient de vraies sonneries et qu'elles soient brèves», précise Walter Boudreau, qui a conçu 45 transformations de la fugue avant de revenir au Prélude en do joué par le clavecin. Il se réjouit à l'avance de l'effet: «Les gens vont être captifs; ils vont devoir porter attention à leur chef de section. J'appelle cela la "leçon de musique". Il s'agit de montrer que la musique, c'est du son organisé. Il faut se rendre compte de la pollution sonore, mais en même temps de la beauté des sons qui habitent notre environnement si l'on peut parvenir à les contrôler et à les organiser.»
1 commentaire
  • Claude Coulombe - Abonné 25 février 2011 00 h 39

    SMCQ : Concert La République / De Staat ... le retour de « l'Infonie »

    Concert La République / De Staat ... le retour de « l'Infonie »

    Ce soir, 24 février, j'ai assisté au concert de la SMCQ intitulé « La République » d'après l'oeuvre « De Staat » du compositeur Louis Andriessen la pièce maîtresse du programme qui offrait également d'autres très agréables et émouvantes surprises.

    J'étais en très bonne compagnie car un siège me séparait de Raoul Duguay le grand poète Abitibien et ami de Walter Boudreau, le directeur artistique et chef de la SMCQ. Une amitié de plus de 40 ans, qui date des « soirées infoniaques » et des concerts-événements du groupe musical « l'Infonie » vers la fin des années 60 (http://www.qim.com/artistes/biographie.asp?artisti

    Le concert de ce soir s'inscrit dans la grande tradition infoniaque, mêlant des éléments de musique contemporaine, l'ensemble vocal mixte VivaVoce, des instruments rock avec une batterie, des guitares électriques et la musique électronique avec le DJ P-Love aux tables tournantes.

    Et les fameuses surprises!

    Entre autres, « Four2 » une pièce pour choeur de John Cage d'une grande rigueur comportant comme toutes les oeuvres de Cage des éléments aléatoires. Cette pièce d'une grande beauté demandait au chanteurs de l'ensemble VivaVoce de se coordonner sur la base de chronomètre et de signes de la main pour signaler leur respiration.

    Également remarquable, la pièce « This will not be televised » de Nicole Lizée pour orchestre et DJ où j'ai constaté qu'un bon DJ pouvait lire une partition...

    Ce concert présenté dans le cadre du festival Montréal Nouvelles Musiques (MNM ou M