Disques - Louvain latin, strict tempo

Chevalier servant, Michel Louvain, encore et toujours.
Photo: Laurence Labat Chevalier servant, Michel Louvain, encore et toujours.

Strict tempo. C'était écrit en gros sur les pochettes des disques de danse qu'avaient mes parents, les Pierre Nolès, la série des Monsieur danse... Strict tempo, ça voulait dire: bon pour les danseurs. Pas seulement pour le plaisir de l'écoute. Rythme marqué, facile à identifier. Le nouvel album de Michel Louvain est strict tempo. Agréable et joliment fait, un disque charmant comme on s'y attend du gentilhomme des gentilshommes de la chanson populaire de chez nous, mais dont la ligne directrice ne dévie pas d'un iota: ça se danse, d'un bout à l'autre. Des rumbas, des tangos, des slows. Oui, des slows: que serait la danse sans le slow? Écoutez-moi cette délicate reprise de la Théo et Antoinette de Jean-Pierre Manseau: c'est fait pour danser presque sans bouger. Écoutez-moi les percussions qui ponctuent la version d'On ne voit pas le temps passer, l'immortelle de Ferrat. Une vraie de vraie rumba. Lent, vite vite, lent. Strict tempo.

«Ça ne ment pas, constate le chanteur au bout du fil, tout content que ça s'entende. Les danseurs savent ce qui se danse bien. C'est ce que je voulais. Quand j'ai fait jouer le "rough mix" à des amis, ça se levait spontanément. Les dames s'exclamaient: "Oh, celle-là c'est un beau tango!" Et elles entraînaient leur mari et ça dansait le tango dans le salon, sur ma version de La Paloma. Je me suis dit: ça y est. J'ai passé le test. C'était mon but: pas juste un album de belles chansons pour faire plaisir à mes fans, mais un album qui va servir.» Chevalier servant, Michel Louvain, encore et toujours.

Ima qui latinise (et vampirise...) tout le catalogue de la chanson française, célébrités et quidams qui se disputent la piste à la télé, la danse sociale a la cote: c'est la tendance qui rejoint Louvain, et pas le contraire. «J'ai toujours eu un public de danseurs. Le succès de La Dame en bleu, c'était quand même un peu à cause de ça: c'est un vrai tango, qui donne le goût de danser le tango. Sur le nouveau disque, je reprends Le Plus Beau Tango du monde. J'ai dit à Daniel [Piché, le directeur musical]: tu me fais ça ben carré. Tac, tac, tawac!» Notez: à la fin de l'album, un medley rassemble les trois plus emblématiques chansons de Michel Louvain, Un certain sourire, Buenas noches mi amor et La Dame en bleu... en rumba! «C'est l'idée des disques Diva et de Musicor. Je ne voulais pas, au début. Encore les mêmes chansons? Je les aime, mais c'est vrai que c'est du réchauffé. Et puis là, toutes attachées en rumba, avec La Dame en bleu en rumba aussi, je pense que ça fonctionne.»

Et comment, que ça fonctionne, lui dis-je. C'est un clin d'oeil, c'est délicatement arrangé, et ça fera une longue rumba dans les réceptions. Tout l'album se décline ainsi: délicat et dansant. Même Donnez-moi des roses, la fameuse des fameuses de Fernand Gignac, passe étonnamment bien en bossa. «Je ne pouvais pas la chanter comme lui. En bossa, avec le bandonéon, ça me ressemble plus. Je trouve ça pas mal beau!» L'homme laisse échapper un petit rire. Il est fier. C'est plus fort que lui, il le dit. «C'est moi, ça. Quand je suis heureux, faut que ça sorte.» C'est beau la transparence. Craquant Louvain.

Michel Louvain: Donnez-moi des roses


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