Vitrine du disque - 11 février 2011

Classique
PFITZNER
18 lieder. Hans Christoph Begemann (baryton), Nordwestdeutsche Philharmonie, Otto Tausk. CPO 777 552-2 (Naxos).

Pfitzner? Tous aux abris! L'indécrottable ennui de la cantate profane Von Deutscher Seele (De l'âme allemande, 1921), deux interminables heures de post-romantisme plombé, reste attaché au nom de Hans Pfitzner (1869-1949). On allait donc à reculons vers ce disque. Quelle erreur! Au lieu d'une suite d'œuvres délayées et informes, on se retrouve avec une fête de l'esprit et des orchestrations imaginatives. Ce qu'on entend ici fait de Pfitzner, à travers la majorité de ces lieder orchestrés, le successeur de Gustav Mahler. Écoutez Der Trompeter op. 25 no1 à la plage 2. L'art de l'évocation par le mot et la couleur instrumentale est à son comble. Évidemment, le domaine du lied allemand reste une discipline «pointue» de la musique, mais, dans le genre, ce CD, porté par un baryton exceptionnel et un chef inventif, est une révélation incontournable.

Pfitzner: Der Trompeter


Christophe Huss

Americana
ARMISTICE
Armistice
Dare To Care - Sélect

Armistice, le maxi. Minialbum de cinq titres. Adorable. Délicieux. Ça fond, ça frit, ça frémit à l'horizon. C'est tout ce que j'aime. Le désert grand angulaire, Morricone à la rescousse dans Neon Love, la mélodie façon Leonard Cohen de God Will Get His Man, le mariachi de pacotille et l'americana pour vrai (gracieuseté de Mariachi El Bronx, groupe hardcore en récré), les harmonies entrelacées tout partout (exquises dans Jeb Rand): c'est beau comme du Carrie Rodriguez avec Chip Taylor, ce n'est pas peu dire. Pincez-moi, je rêve. Armistice, même si c'est beaucoup lui, Jay Malinowski de Bedouin Soundclash, c'est quand même tout autant elle. Oui, elle, Béatrice Martin. Coeur de pirate. L'inintelligible. La mâchouilleuse de phonèmes. En anglais, allez comprendre, elle prononce. Articule. Comme si sa bouche était faite pour ça. On comprend. Tout. Et l'irritant disparaît, et j'aime la Béatrice Martin d'Armistice comme si je la découvrais. More, please.


Sylvain Cormier

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Hip-hop
ESPERANTO SOUND SYSTEM
Boogat
Indépendant

C'est un hommage à la langue universelle et pourtant, Boogat rape en espagnol du début à la fin de ce deuxième mixtape qu'il réalise en moins d'un an. Mais il n'oublie jamais les ancêtres qui ont ouvert le chemin. C'est également une ode au Montréal tropical, international ou par quartier. Dans son hip-hop, il crée une sorte de good time 2.0 qui permet d'évacuer les problèmes de la vie courante. Il se range du côté des déshérités, parle des gangs, dénonce la police, cite Villanueva. Il vénère la cumbia dans ses nouveaux habillages, parle des révolutionnaires latino-américains sur le rythme lourd d'une samba trempée dans le nuevo latino. Il glisse aussi des sonorités à l'orientale, se frotte aux Fabulosos Cadillacs, dialogue en dancehall avec Face T, sait faire sautiller les racines. Remixé par Poirier, ce disque vitaminé est disponible en téléchargement gratuit au: http://boogat.bandcamp.com/album/esperanto-sound-system-mixed-by-poirier



Yves Bernard

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Reggae
Live Forever: The Stanley Theatre, Pittsburgh, September 23th 1980
Bob Marley & The Wailers
Island

Pour une dernière fois, pourrait-on dire à propos de ce nouveau live du quasi-dieu jamaïcain. Car lorsque Bob Marley et sa bande se pointent sur scène ce soir-là, c'est le chant du cygne de cette figure mythique du reggae. Il n'a alors que 35 ans, mais le crabe a déjà fait son oeuvre. Il l'emportera moins d'un an plus tard. Sur scène, pourtant, l'enfant prodige de Kingston n'en laisse rien voir. Et tous les classiques sont au rendez-vous pour cette tournée qui suit la parution de Uprising, de Jamming à Could You Be Loved, en passant War/No More Trouble, Positive Vibration ou Exodus (particulièrement entraînante). Redemption Song, elle, ne pourrait être plus poignante, en ce dernier tour de piste. Bref, deux disques bien envoyés à ajouter aux autres live déjà disponibles. À notre sombre époque, l'oeuvre immense résonne avec autant de force, qui plus est dans la froidure de février. Merci Bob.



Alexandre Shields

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Classique
LA GÉNIALE
Sinfonias et concertos pour flûte à bec ou hautbois de Vivaldi, Albinoni, Torelli et A. Scarlatti. Les Boréades, Francis Colpron. Atma ACD2 2606.


Ça y est: j'ai enfin compris! L'industrie de la musique classique destine à présent ses CD à un public très ciblé: ceux qui, à force d'abuser de concerts de hard rock et de sorties en discothèque, sont devenus sourds. Comment expliquer sans cela ces véritables agressions sonores? Il en va de ce disque des Boréades comme de ceux d'Arion: avant d'écouter de la musique au relief aplati on en prend tout «plein la gueule». Depuis quand un spectateur en salle est-il à un mètre des musiciens? Je ne sais pas ce qui est «génial» ici, mais ce n'est assurément pas la prise de son du genre heavy metal, inadaptée à cette douce musique. Après avoir baissé le niveau de 20 dB (oui, 20!), on tente de goûter un baroque italien déroulé avec compétence et un entrain jamais forcé. Les poires sur la couverture, elles représentent qui?


C. H.

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Pop
BACK OF MY HEAD EP
Ben Wilkins
Indépendant

C'est lui qui chante This Day sur le dernier Bran Van 3000. Splendide voix. On devinait une sensibilité d'un autre âge: ce timbre si pur, c'est presque Nilsson en 1971. Voici maintenant sa carte de visite: un minidisque de six titres, extraits d'un premier album que l'une ou l'autre compagnie de disques finira bien par sortir. Ça confirme: Ben Wilkins chante comme sa musique respire. La scène indie locale peut donc mener à tout, même à cette sorte de pop irrésistible et brillante qui renvoie tout naturellement au meilleur des années 1970, évoquant Elton John époque Madman, Laura Nyro, voire Supertramp et Steely Dan. Un doué, ce Ben: les airs, les arrangements étonnent autant qu'ils bercent, c'est complexe et fluide à la fois, c'est du bonbon et pourtant pas sucré, somptueux sans prétention, easy listening mais jamais facile. Je pourrais dire: il ira loin, ce jeune homme bien. Pas besoin. Ben est déjà exactement là où il doit être. Prêt à être trouvé.


S. C.

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Néo-celtique
BOURRASQUE
Aveladeen
Indépendant

Reconnu pour son esprit celtique très éclaté, le groupe des Laurentides revient avec un quatrième disque plus percussif que jamais. Au trio original, le percussionniste Bernard Ouellette vient de s'ajouter, et sa présence se fait sentir. D'autant que Michel Dubeau a ajouté le kaval bulgare à son assortiment de flûtes du monde et de cornemuses. Tout cela confère également plus d'accents de l'Europe de l'Est à un répertoire mâtiné d'airs intimes, de reels, de valse, d'accents bretons, de clins d'oeil au flamenco et même d'une gamme scandinave dans une pièce. Si la flûte de bois est en évidence, les vents se font plus discrets qu'auparavant et les cuivres occupent plus de place. Les agencements d'instruments sont poussés plus loin et de forts beaux dialogues apparaissent entre des instruments. Les cuivres peuvent aussi doubler la flûte ou l'accordéon. Et l'accompagnement à la guitare est énergique. En somme, Bourrasque est le meilleur disque d'Aveladeen.



Y. B.