Jorane devant Vigneault, Desjardins, Cohen et les autres

Pour son nouvel album, Jorane a fait une grosse partie du travail seule dans son studio.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pour son nouvel album, Jorane a fait une grosse partie du travail seule dans son studio.

Jorane a créé un monde intime avec son violoncelle, sa harpe et quelques petits instruments comme le ukulélé et le glockenspiel. C'est la musique qui l'a portée dès le début. Les mots l'ont rejointe progressivement. Pour la première fois, elle s'attaque aujourd'hui aux grandes chansons des Anne Sylvestre, Vigneault, Desjardins, Cohen, Fiori, Watson, Indochine et Niagara. Des reprises qu'elle traite en français, à sa façon, souvent seule, parfois avec un ou deux musiciens qui l'accompagnent avec délicatesse.

Pourquoi un disque de reprises pour Jorane? La compositrice devenue ici interprète répond avec passion: «Les tounes qui ont déclenché mon envie de chanter les mots des autres sont Les gens qui doutent et Une sorcière comme les autres d'Anne Sylvestre. Elles m'ont complètement foudroyée. À leur écoute, le temps s'est arrêté... La grandeur des chansons, la force des textes: c'est plus que ça, ça charrie une énergie, une émotion qui transcende tout.»

Partant de là, Jorane a reçu des listes de chansons, en a écouté beaucoup, en a finalement retenu dix, qu'elle a choisies en fonction de l'unité d'ensemble. Les deux joyaux de Sylvestre s'y trouvent, tout comme quelques autres classiques, tels Marilyn et John, chanson rendue célèbre par Vanessa Paradis, et Suzanne de Leonard Cohen. Pour cette dernière, Jorane a retenu une version de Pauline Julien, une adaptation signée par le poète Gilbert Langevin.

Le disque s'ouvre avec une version solo très intimiste d'En pleine face d'Harmonium. Dans presque la moitié des chansons, elle se livre seule et en douceur avec ses instruments. Pour le reste, seuls Éloi Painchaud et Alex McMahon l'accompagneront, en respectant la trajectoire de proximité qu'a établie Jorane. Si elle a senti la nécessité d'ajouter plus d'arrangements dans Le Baiser d'Indochine et Pendant que les champs brûlent de Niagara, l'ensemble du disque ramène bien à elle seule, comme on l'imagine.

Elle en est parfaitement consciente: «C'est étrange parce que depuis le début, les gens s'attendent à de la voix et du violoncelle, mais je me laisse toujours prendre à rajouter plein d'instruments. Cette fois-ci, j'ai fait une grosse partie du travail seule dans mon studio. Il fallait qu'une pièce soit d'abord jouable au violoncelle ou à l'ukulélé, et je décidais ensuite si je colorais davantage ou pas.»

En ouvrant aux mots d'autrui, l'album Une sorcière comme les autres fait apparaître une forme de poésie plus concrète dans son oeuvre. Comment l'artiste s'est-elle adaptée à cet univers qui n'était pas le sien a priori? «Lorsqu'on compose, on part de rien et tout est permis. Mais là, je partais de quelque chose qui était déjà parfait. Le but n'est jamais de copier, de démolir ou de complètement défaire. Il faut respecter l'oeuvre, laisser passer la lumière de l'autre à travers ses propres couleurs.»

Dans une lettre qu'elle lui a adressée, Anne Sylvestre remercie Jorane de prêter sa voix à toutes ces «sorcières anonymes qui se voient trop souvent privées de paroles et d'identité». Jorane a aimé: «C'est vraiment comme un flambeau qu'elle me passe. Elle me transmet quelque chose que je dois transmettre à mon tour.»

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Collaborateur du Devoir

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Une sorcière comme les autres sera disponible le 1er février sur étiquette Vega Musique.

Jorane: Le baiser


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