Concerts classiques - Huit ans plus tard...

Schubert, huit ans plus tard. En janvier 2003, Kent Nagano avait définitivement convaincu les chasseurs de tête de l'OSM en dirigeant cette 9e Symphonie de Schubert. L'opération de conquête triomphante s'était achevée sur un glorieux crescendo, en lieu et place du sublime descrescendo de la partition, que peu de chefs ont l'humilité d'oser. La coquetterie n'enlevait rien à une interprétation parcourue d'éclairages polyphoniques judicieux auxquels s'ajoutaient, dans les deux derniers volets, une hargne impressionnante.

Ceux qui espéraient que Kent Nagano, n'ayant plus rien à prouver ici, pouvait se permettre de laisser s'éteindre cette symphonie en auront été pour leurs frais. Le dernier accord fut cette fois rectiligne et abrégé, comme maintes autres notes tenues. Sa 9e de Schubert fut en fait un décalque de celle de 2003: même choix de ne pas faire les reprises, avec un raccourcissement supplémentaire dans le retour du scherzo; mêmes ralentis solennels à la fin du premier volet, mais aussi mêmes éclairages polyphoniques et dialogues poétiques entre les pupitres de cordes.

Le chef avait choisi de n'opposer que des vents par deux (certains chefs les quadruplent) à une armada de cordes. La qualité des musiciens de l'OSM a rendu ce choix possible sans trop nuire aux équilibres. L'approche fut un peu plus martiale avec un excès de trombones et trompettes dans le 1er mouvement et un tempo plus décidé encore dans le Finale. Ainsi les couleurs deviennent pré-brucknériennes. Assurément, Kent Nagano n'a pas de la 9e de Schubert la vision d'un écoulement linéaire et patient du temps. Le sublime thème cantabile du 2e mouvement est trituré - comme en 2003 - mais curieusement, lorsqu'il revient, après la déflagration du grand climax, il est enfin fluide et linéaire, tout en coulée. Cette fin de second mouvement, amorcée par des pizzicatos joués comme un battement de coeur, est, avec le trio du volet suivant, le temps fort de la 9e de Schubert de Kent Nagano.

Je ne partage pas cette vision, qui me semble un peu velléitaire et bousculée dans la gestion des tempos et de l'avancée, mais l'éclairage intérieur de l'orchestration reste vraiment admirable.

Cette symphonie était précédée par une exécution mignarde et soporifique du Concerto pour violon de Beethoven, qui n'a décidément pas de chance. On n'a rien entendu de bon dans cette oeuvre depuis Mullova-Järvi en 2005 à Lanaudière. Kent Nagano avait eu pourtant une bonne idée en réduisant l'orchestre à quarante musiciens, avec, là aussi, un souci de transparence. Mais le manque d'allant s'est transformé en sur-place quand Midori a commencé à égrener ses petites notes, avec son petit son et un simulacre de profondeur qui ne parvenait pas à cacher la stérilité crispée du discours, le manque de relief sonore et de chant, le tout générant un incommensurable ennui.

Les oeuvres éducatives et communautaires de Midori surpassent aujourd'hui ses crédit artistiques. Dont acte.

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