Les cinq meilleurs disques francos de 2010 - Dingue de Dingue

Eh non, pas d'Abd Al Malik. Il est sixième à mon palmarès, le Château Rouge d'Abd Al Malik. J'ai préféré Françoise Hardy en cinquième choix, parce que Françoise Hardy, c'est Françoise Hardy, et puis c'est ainsi. Je fais tant d'efforts pour vivre ce métier comme un fan que lorsque le fan s'affirme, fût-ce aux dépens du critique, c'est le fan qui a le fin mot. Et tant pis pour la valeur intrinsèque, tant pis pour Cali, Souad Massi, Lavilliers, Fleurent-Didier et compagnie. La Seigner en premier? Eh oui. Après 20 ans de flagrant délit, je suis fait, je suis pris: oui, j'aime les filles qui font de la pop jolie façon sixties, que voulez-vous qu'j'vous dise?

  • 1. Emmanuelle Seigner, Dingue. Vingt secondes de la chanson-titre, et zou! Dingue de Dingue. L'Emmanuelle a chaussé les bottes faites pour marcher de Nancy Sinatra, recousues main par l'experte Keren Ann et son comparse Doriand, et en effet ça marche. Tout cartonne sans forcer, c'est néo-yéyé décomplexé, ce sont les années 1980 à gogo, c'est tout jouissif. Jusqu'au Polanski de mari qui s'est offert un duo avec sa belle entre deux comparutions. Ai-je dit qu'Iggy Pop est de la surboum? Comment un disque aussi bath a pu donner lieu à un spectacle aussi poche, je me le demande encore.
  • 2. Katerine, Philippe Katerine. Sur la pochette, Philippe Katerine pose avec ses parents, l'air ahuri. Dans le disque, il répète «J'aime tes fesses» au moins 100 fois. Énumère des accords en guise de paroles. Alterne Juifs et Arabes, les intervertit, les lie, les fond. Etc. Vingt-quatre exercices que n'aurait pas reniés Queneau. De la chanson qui rend fou? Mais non. Qui libère. Entre malaise et rigolade (soit on rit jaune, soit on a la banane et on chante La Banane), on traverse l'ironie et on trouve la vérité.
  • 3. Benjamin Biolay, La Superbe. Remplies, toutes les promesses faites en dix ans, en son nom ou au service de monsieur Henri, madame Gréco, Keren Ann, etc. Enfin, l'épanouissement, l'accomplissement. Ce double disque est l'inventaire de tous les Biolay qui coexistent en Benjamin, pas moins palpable dans le propos parce que somptueux dans la manière: la sincérité, a fini par comprendre le dandy, n'empêche pas le style.
  • 4. Zaz, Zaz. Elle me rappelle un peu beaucoup Pauline Ester, mais elle a aussi du Piaf quand elle piaffe, la jeunette de Paname, et même de l'Ariane Moffatt, en cherchant bien dans la fumée du timbre. En vérité, elle est soulful tout plein, Zaz, elle a du chien, de la joie et de la rage, et j'aime tout ce qu'elle chante (sauf la ballade braillarde à la fin). Le réalisateur-vedette Raphaël l'a un peu trop savamment formatée, mais sa gouaille de goualeuse réaliste est irrésistible, et parfois bouleversante.
  • 5. Françoise Hardy, La Pluie sans parapluie. Non, tout ne vieillit pas. La pluie est la pluie, avec ou sans parapluie, et la Françoise Hardy d'aujourd'hui ressemble tant à la Françoise Hardy d'autres décennies que c'en est troublant. Le timbre est le timbre d'antan, les arrangements d'une simplicité volontaire renvoient aux premiers enregistrements, les amours se languissent d'une langueur encore et toujours adolescente et chacun des collaborateurs a fourni en mots et mélodies de quoi creuser un (micro)sillon de pure mélancolie. Exquis.