Jazz - Le grand art de Watson et Werner

C'est l'histoire de deux pianistes, d'autant de productions solitaires, et de deux villes. Ils s'appellent Kenny Werner et Eric Watson. Le premier propose New York - Love Songs, le deuxième publie Memories of Paris. Le label? Le très français Out Note Records. Dans un cas comme dans l'autre, on ne peut qualifier ces albums qu'ainsi: du grand art. Du costaud, du sérieux, du solide.

De ce côté-ci de l'Atlantique, on connaît beaucoup mieux Werner que Watson pour une raison avant tout géographique: Kenny habitant New York, il est notre voisin, comme en témoigne ses prestations dans nos environs. Watson habite Paris depuis des lunes. C'est là qu'il enregistre. C'est là qu'il travaille, qu'il se concentre.

À cause de cet éloignement, ses albums antérieurs étaient mal distribués. On pense notamment à ceux qu'il a confectionnés pour le label Owl, fondé par Jean-Jacques Pussiau qui vient de mettre sur pied Out Note, beaucoup mieux représenté que ne le fut le Owl en question. En soi, savoir que les petits chefs-d'oeuvre de Watson traverseront l'Atlantique Nord, c'est une bonne nouvelle. Autrement dit, une grande.

Watson et Werner ont ceci en commun que leurs albums, les nouveaux il va sans dire, sont faits uniquement, comme seulement, de compositions originales. Ils ont également en commun une sensibilité appuyée pour le monde, l'humanité... On ne sait trop comment dire, si ce n'est qu'on sent chez eux ce qui est absent chez d'autres: une alchimie faite d'observations fines sur le bipède et son environnement. Les titres en témoignent.

Dans la légende du jazz, Art Tatum, Thelonious Monk, Ran Blake, Paul Bley, Keith Jarrett et deux ou trois autres qu'on oublie ont ponctué l'histoire du piano joué à l'enseigne de la solitude. On vous l'assure, Watson et Werner viennent d'en écrire un nouveau chapitre. Parce que musicalement causant, ils viennent de résoudre l'équation suivante: jazz + Debussy + Fauré = la beauté du monde sans mièvrerie, sans affectation.