Musique classique - Les trésors de la musique française par Michel Plasson

Pour les Fêtes, EMI Music France publie un coffret de 37 CD, Michel Plasson et la musique française, hommage à la carrière discographique du légendaire chef du Capitole de Toulouse.

Depuis ses débuts, Michel Plasson s'est engagé en faveur de la musique française. Il en est un excellent avocat, car il a une conscience aiguë du style français.

Le style français prend racine dans l'esthétique sonore. Schématiquement, on peut dire que la couleur orchestrale germanique vise la fusion, alors que l'orchestre français est un ensemble d'individualités fortes. À la fois dans la musique et dans la culture orchestrale, les voix qui ressortent du tissu sonore sont à la base de l'esthétique française.

Les sources remontent à loin: le style baroque français. À la charnière des périodes classique et romantique, lorsque Beethoven composa sa Symphonie Héroïque, c'était au départ dans l'idée d'aller conquérir Paris. La saillie des vents et des bois dans cette oeuvre est très typiquement «française» — ou, au moins, destinée à plaire à la France — et, comme Paavo Järvi l'a très bien montré, le 2e mouvement est une marche funèbre aux couleurs révolutionnaires.

En matière de musique française, Michel Plasson sait de quoi il parle, et lorsqu'il prit les rênes de l'Orchestre de la radio de Leipzig, il en cultiva les qualités, mais sans y enregistrer le répertoire français. Hélas, malgré Plasson, le son français a largement disparu après la mort de Charles Munch, d'André Cluytens (un Belge), de Pierre Monteux, d'Ernest Ansernet (un Suisse) et de Jean Martinon, le renouvellement des effectifs d'orchestres parisiens emblématiques (Opéra, Radio, Société des concerts du Conservatoire) dans les années 1970 et une internationalisation de la facture instrumentale au niveau des bois.

Mais au disque, sans concurrence autre que celle de Charles Dutoit, Plasson a construit un legs admirable.

Une mine d'or

La boîte qui nous arrive aujourd'hui n'a pas d'équivalent sur le marché. De Berlioz, Michel Plasson n'a pas enregistré que la Symphonie Fantastique et Harold en Italie; la curiosité du chef lui a permis de dénicher et de nous faire découvrir des oeuvres rares. Les dernières sessions d'enregistrement de Plasson à Toulouse, en 2003, l'ont amené à immortaliser La Mort d'Orphée, Scène héroïque et nombre de chants d'Hector Berlioz.

Les quatre premiers CD, ceux consacrés à Berlioz, sont à l'image des 33 autres: un mélange habile d'oeuvres phares et d'enregistrements à valeur patrimoniale. Michel Plasson, auquel on doit la redécouverte des symphonies de Magnard et de la 3e Symphonie de Ropartz, est le chef vers lequel on se tourne, exclusivement, pour écouter Mors et Vita de Charles Gounod, Rédemption de César Franck, La Foi de

Camille Saint-Saëns, Caligula de Gabriel Fauré ou Évocations d'Albert Roussel. Et que dire de ce disque original, lumineux et essentiel, le CD 36, rassemblant, autour de L'Apprenti sorcier de Dukas et de La Danse macabre de Saint-Saëns, Le Chasseur maudit de Franck, Effet de nuit de Silvio Lazzari, ainsi qu'Aux étoiles et Lenore d'Henri Duparc. Un programme, un disque, symbole de toute l'intelligence et de l'acuité de la démarche.

Sur le plan interprétatif, on ne peut parler à tout coup d'enregistrements de référence, d'autant que la perspective sonore vaste de la Halle aux grains de Toulouse et l'esthétique des ingénieurs du son d'EMI favorisent davantage la globalisation sonore que l'impact dynamique. On n'achètera donc pas le coffret pour avoir enfin la «meilleure Fantastique» ou la 3e Symphonie de Honegger de référence. Par contre, la mine d'or sur le plan du répertoire, la culture et la sincérité musicales sont incomparables.

Il est évident qu'EMI nous devra, l'an prochain, un même coffret rassemblant le legs lyrique du chef.