L'aimant - Ferruccio Furlanetto en Philippe II triomphe dans le Don Carlo de Verdi dirigé par Yannick Nézet-Séguin

Ferruccio Furlanetto en Philippe II (à droite) est le véritable aimant du Don Carlo de Verdi au MET.<br />
Photo: Ken Howard / Metropolitan Opera Ferruccio Furlanetto en Philippe II (à droite) est le véritable aimant du Don Carlo de Verdi au MET.

La seconde présence, après Carmen, de Yannick Nézet-Séguin dans la fosse du Metropolitan Opera était relayée dans les cinémas samedi. On y projetait en direct de la scène new-yorkaise l'immense Don Carlo de Verdi, marathon complexe, mêlant destinées personnelles et enjeux religieux et politiques dans l'Espagne de la seconde moitié du XVIe siècle.

Assurément, le chef québécois a tenu la distance dans cet ouvrage très contrasté. On l'a senti littéralement enivré par cette musique. On espère que les déploiements sonores ne se sont pas faits au détriment du plateau, car la diffusion au cinéma ne permet pas de juger des balances — nous l'avions vu par l'exemple dans Das Rheingold de Wagner, où le déficit de volume du chanteur incarnant Loge avait été rectifié.

Yannick Nézet-Séguin se souviendra sans doute toute sa vie de son premier Don Carlo. S'il retrouve un jour dans sa vie de chef un tel plateau, il pourra bénir le ciel. Plus encore que le Don Carlo animal de Roberto Alagna, Ferruccio Furlanetto en Philippe II est le véritable aimant de ce spectacle exceptionnel, qui conflue vers quatre duos majeurs, dont il est le centre. Duo politique avec Posa (immense Simon Keenlyside, véritablement possédé par son rôle), duo théâtral parternelo-politique avec son fils Carlo devant la cathédrale, duo politico-religieux avec le grand Inquisiteur (Eric Halfvarson, un autre géant...) et duo de la défiance, avec sa femme, Élisabeth. Outre ces scènes, Philippe II se voit confier par Verdi, au début de l'acte IV, l'un des plus beaux airs de l'histoire de l'opéra.

Ferruccio Furlanetto, que l'on croyait fatigué et sur le déclin, a chanté et incarné Philippe II avec une voix intacte et une force intérieure magnétique. La distribution masculine est idéale. La distribution féminine n'en est pas loin, avec la fine Marina Poplavskaya, en Élisabeth de Valois et Anna Smirnova, en princesse Eboli, amoureuse de Don Carlo.

La mise en scène de Nicholas Hytner est de celles visant à renouveler les spectacles du Met. L'équipe autour du metteur en scène anglais — quels costumes extraordinaires! — opère ce renouvellement avec tact et efficacité. Le seul bémol tient à l'éclairage, avec l'usage assez massif de projecteurs de poursuite (pointers) qui cernent les personnages. La technique demande, au cinéma, une précision accrue, ce qui ne fut pas toujours le cas. Un dernier mot pour saluer la pondération de Gary Halvorson, qui a mis en veilleuse ses habituelles forfanteries devant un spectacle aussi grand et limpide.
2 commentaires
  • Loraine King - Inscrite 13 décembre 2010 12 h 28

    Passar veggo i miei giorni lenti

    Mes yeux finissent toujours pas se remplir de larmes lorsque j'entends ella giammai m'amo, sans doute un des plus beaux airs d'opéra. Furlanetto était excellent, de même qu'Alagna et Poplavskaya. YNS a encore une fois conquit le public, si je me fie aux critiques sur le web. J'ai déjà entendu de meilleures Eboli, mais cette prestation est hautement supérieure à ce que l'on entend la plupart du temps de nos jours. De l'opéra comme il se doit d'être chanté, présenté et dirigé. J'en veux encore !

  • Yvon Bureau - Abonné 13 décembre 2010 13 h 49

    Que de bonheur !

    Samedi dernier, j'ai vécu une coche au-dessus du bonheur !

    Merci au MET. Merci aux Cinémas Odéon. Merci plein de mercis !

    Note : il y a des fois où l'on aimerait avoir aussi un prix de sortie !