Marie-Nicole Lemieux, un secret bien gardé

En entrevue au Devoir, Marie-Nicole Lemieux confirme que sa voix évolue.<br />
Photo: Denis Rouve / Naïve En entrevue au Devoir, Marie-Nicole Lemieux confirme que sa voix évolue.

Vedette internationale, dont l'aura n'est pas vraiment jaugée à sa juste valeur ici, la généreuse, drôle et flamboyante Marie-Nicole Lemieux chante ces jours-ci sous la direction de Bernard Labadie et de Kent Nagano. Son disque Ne me refuse pas, paru chez Naïve, est le meilleur CD classique d'un artiste québécois en cette fin d'année 2010. Et sa voix n'en finit pas de s'épanouir...

«Marie-Nicole Lemieux est une vedette en Europe. C'est même la coqueluche du milieu lyrique français. Mazette! Jeudi, on a compris pourquoi. Ce concert aurait fait chavirer dans le délire collectif le théâtre des Champs-Élysées à Paris, le Concertgebouw d'Amsterdam ou le Musikverein de Vienne, probablement remplis à ras bord.»

Commentant en ces termes le concert donné à Montréal par la chanteuse québécoise le 30 septembre dernier, Le Devoir titrait ce compte rendu «Le corps qui résonne». Nous avions entendu une chanteuse, avec une voix plus ample qu'auparavant, creuser tous les recoins dramatiques des airs et se jouer des difficultés techniques les plus folles.

Ce soir, au Palais Montcalm de Québec, Marie-Nicole Lemieux fera partie des solistes du Gloria de Vivaldi et de la Paukenmesse de Haydn, aux côtés de La Chapelle de Québec et des Violons du Roy. Dimanche à 15h, ce programme dirigé par Bernard Labadie sera présenté à Montréal. Dès le lendemain, et mardi aussi, elle sera soliste de l'OSM, chantant les Quatre chants sérieux de Brahms, orchestrés et préludés par Detlev Glanert.

Il est temps de faire passer ici Marie-Nicole Lemieux du statut de secret bien gardé par le strict «milieu classique» au rang de vedette grand public qu'elle mérite d'être. Une vedette qui va représenter le Québec prochainement sur les scènes de l'Opéra de Vienne, de l'Opéra Bastille à Paris, du Covent Garden de Londres, du Liceu de Barcelone et de la Scala de Milan. Derrière ce triomphe, ni mécène influent bourré aux as, ni grosse agence qui fait la pluie et le beau temps dans le métier: juste une aura et un talent, immenses.

Un talent brut et naturel qui se polit de plus en plus.

Une pause salutaire

En entrevue au Devoir, Marie-Nicole Lemieux confirme que sa voix évolue: «Je ne veux pas dire que ça va trop bien, mais, oui, cela évolue et je suis la première heureuse de cela. Je me fatigue moins à chanter parce que les choses sont mieux placées; l'aigu est plus facile, le grave aussi.»

La chanteuse a réalisé cela, en mars 2008, en chantant le Requiem de Verdi: «C'était comme si tout s'ouvrait. On ne peut pas faire cela sans une certaine détente vocale. Et puis, on prend goût à ce lyrisme.» Le répertoire romantique français de son dernier disque, lui aussi, est nouveau: «Je ne l'aurais pas abordé il y a trois ou quatre ans. Il requiert une aisance, afin d'avoir un choix, une liberté d'interprétation.»

La maternité a-t-elle eu un lien avec ce déclic? «Je ne peux pas le dire ainsi, répond Marie-Nicole Lemieux. Ce que la maternité a permis, c'est de me poser, de prendre le temps de travailler avec mon professeur. Pendant trois mois, du lundi au vendredi, on a travaillé la voix. Quand on voyage, on travaille, mais sans avoir le temps. Là, chaque jour, on a abordé les choses sur lesquelles on n'avait jamais pu s'attarder. C'est cette pause qui a été déterminante.»

Alors, le répertoire baroque, c'est fini? Pas vraiment: «Je retourne vers Orlando furioso de Vivaldi au printemps prochain. Rester dans les vocalises permet d'éviter d'élargir trop — et trop tôt — la voix.»

Mais l'évolution se fait vers des rôles plus lourds. En 2014, Marie-Nicole Lemieux chantera Ulrica dans Un bal masqué de Verdi à la Canadian Opera Company. En 2013, elle abordera Suzuki dans Madame Butterfly de Puccini. La virtuosité, elle la cultivera dans Rossini, avec L'Italienne à Alger et Tancrède. Mais elle n'est pas prête de lâcher son rôle fétiche, Mrs. Quickly dans Falstaff de Verdi. «Il faut être à la fois comédien et musicien. Il n'y a pas de place pour l'ego dans cet opéra-là. J'aime ça!»

***

- Marie-Nicole Lemieux avec les Violons du Roy. Ce soir, à 20h, au Palais Montcalm de Québec. 418 641-6040. Dimanche, à 15h, à l'église St. James United, à Montréal. 514 844-2172.

- Avec l'OSM. Lundi et mardi à 20h à la salle Wilfrid-Pelletier. 514 842-9951.

- Vient de paraître: Ne me refuse pas, airs d'opéras français. Naïve (distr. Naxos)
1 commentaire
  • Agathe Lafortune - Abonnée 3 décembre 2010 12 h 17

    Tout à fait juste

    Je partage tout à fait votre avis. Elle n'a pas eu besoin, en Europe, de l'appui d'une Corporation pour faire valoir son talent.

    Elle a une personnalité très riche et cela transparaît dans sa voix. Dans son interprétation, elle est aussi vraie qu'elle l'était lorsqu'elle chantait, à dix ans, dans une opérette à l'école primaire de Dolbeau (voir documentaire sur Marie-Nicole Lemieux, diffusé à radio-Québec, il y a plusieurs années).

    Jean-Paul Martel