Concerts classiques - Une Passion crescendo

L'Orchestre baroque Arion ouvrait sa 30e saison et le Festival Bach vendredi et samedi avec la Passion selon saint Jean. L'œuvre a déjà été donnée lors d'un précédent festival par Kent Nagano dans l'impossible vaisseau de Wilfrid-Pelletier, avec l'improbable choix d'un Christoph Prégardien à bout de voix en Évangéliste, auquel, comme pour le casser davantage, on demandait de chanter les airs de ténor.

De ce point de vue, la représentation d'Arion et des Voix baroques à Saint-Viateur était bien plus juste, d'autant qu'elle bénéficiait de la prestation poétique et souple de Jan Kobow dans ce fameux rôle pilier.

Les Voix baroques, ce sont 12 voix solistes, un ensemble de haute volée (on y voit par exemple Shannon Mercer, Matthew White et Joshua Hopkins), d'où émergent les différents personnages, dont le très noble et paternel Jésus de Stephan MacLeod.

Disposant d'un terreau pareil, le chef peut se permettre le luxe de distribuer les airs à diverses voix. Ainsi, chez les ténors, Jeremy Budd chante Ach mein Sinn, alors que Lawrence Wiliford se montre troublé et bouleversant dans Erwäge. L'autre petit miracle est une dénommée Meg Bragle dans Es ist vollbracht. Le fait de donner à une femme — une mère — cet air crucial de déploration de la mort de Jésus atteste de l'intelligence fine d'Alexander Weimann et de l'humilité du contre-ténor Matthew White, directeur artistique des Voix baroques, qui n'a pas cherché à accaparer ce moment clé.

N'était l'inexpressive enfilade générique de sons enflés d'une certaine Agnes Zsigovics dans Zerfliesse, mein Herze (le dernier air) cette Passion allait vraiment crescendo, culminant avec la mort de Jésus et la mise au tombeau. On en retient le moment véritablement exsangue de la mort, où l'air semble se raréfier.

Weimann sculpte cette Passion selon saint Jean. Ce qu'un choeur de 12 personnes ne lui permet pas, ce sont les effets de véhémence de la foule lors de la condamnation du Christ. Il n'y a pas de différence dramatique entre les imprécations «Crucifie-le, crucifie-le» et l'épisode subséquent du partage du manteau. Mais ce qui est musicalement souhaitable n'est pas forcément économiquement viable.

Parmi les grands moments de ce parcours poétique et concentré, on retiendra aussi la tenue et les couleurs de l'orchestre, même en formation réduite, comme dans l'air de basse Betrachte meine Seel, autre moment phare, sublimement chanté par Stephan MacLeod.

Si le Festival continue à ce niveau, le millésime sera excellent.