Concerts classiques - Dialogue avec la mort

Après le concert-événement proposant l'intégrale des Quatuors de Schnittke — qui devrait, en toute logique, gagner une série de prix Opus prochainement —, le Quatuor Molinari a eu l'idée de faire rebelote dans l'accumulation de densité et de malheur dans un cérémonial musical quasi insoutenable: la présentation en une soirée des quatre derniers Quatuors de Chostakovitch. D'autres qui osent s'attaquer à ce face-à-face d'un compositeur avec la mort se limitent aux deux, voire aux trois derniers.

Le concert a été judicieusement articulé. Les Quatuors nos 12 et 13 sont suivis d'une pause et du 14e Quatuor. Une autre césure permet ensuite d'organiser la scène pour le cérémonial du 15e Quatuor, une suite d'adagios. Des bougies sont posées à terre, autour du Quatuor Molinari. Seuls les lutrins sont éclairés, le reste de la scène et de la salle étant plongé dans le noir.

La musique de Chostakovitch plane même dans les silences. Ainsi, les lacérations sonores du second mouvement du 15e Quatuor sont les suites logiques du saisissant cri ultime du 13e Quatuor. Tout au long de la soirée, les Molinari déploient une constance esthétique limpide: l'ambitus dynamique n'est pas outrancièrement creusé; tout est exposé crûment dans le registre mezzo-piano à fortissimo. Cela évite toute tentation de verser dans la joliesse sonore superflue ou dans une charge émotionnelle surjouée. Autre constante: le son dru et droit du premier violon s'oppose à la voix plus humaine et vibrante du violoncelle.

Lors de mes premières expériences avec l'ensemble, il y a quelques années, j'entendais une violoniste à forte personnalité face à trois faire-valoir. Ce n'était guère intéressant. La nouvelle configuration du

Quatuor Molinari, instaurée il y a quelque temps, bien plus équilibrée et efficace, ouvre bien plus de perspectives. On attend maintenant de la part de cet ensemble une plongée dans une sélection des quatuors de Weinberg. Surtout pas une intégrale, mais un choix avisé et dramatiquement construit.