École Joseph-François-Perrault - La musique classique contre le décrochage!

Assïa Kettani Collaboration spéciale
L’Orchestre Joseph-François-Perrault lors de concerts donnés les 10 et 11 décembre 2008<br />
Photo: Yves Beaulieu L’Orchestre Joseph-François-Perrault lors de concerts donnés les 10 et 11 décembre 2008

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

«Ils arrivent dès 7 heures le matin, le sourire aux lèvres»«La musique adoucit les mœurs», dit l'adage, et on ne pourrait en trouver un plus bel exemple que l'école Joseph-François-Perrault. Quand on parle des écoles secondaires du quartier Saint-Michel, c'est souvent pour citer les problèmes de violence et de décrochage. Et, pourtant, au sous-sol de l'école Joseph-François-Perrault, c'est une toute autre réalité qui se dessine.

À l'école Joseph-François-Perrault, on ne parle pas de décrochage, et le problème le plus pressant qui se pose à la direction n'est pas «comment retenir nos élèves?», mais bien «comment faire de la place pour tous nos élèves?».

«Vu la demande grandissante, on pourrait inscrire davantage d'élèves, mais nous manquons de place», explique Richard Charron, directeur du programme musical. Et, aux dires de ce trompettiste de carrière, les élèves sont loin de vouloir céder leur place: «Ils arrivent dès 7 heures le matin, le sourire aux lèvres, pour pratiquer leur instrument.»

800 élèves!


Dans cette école secondaire publique située au coeur d'un des quartiers les plus défavorisés de Montréal, la musique est un véritable gage de réussite. Créé il y a 32 ans, le programme de musique n'a cessé de se développer, fort d'un succès qui va grandissant: regroupant aujourd'hui quelque

800 élèves, l'enseignement est dispensé dans trois programmes différents, soit le programme régulier, qui s'adresse aux débutants, le programme de concentration et le programme arts-études, dans lequel le tiers du temps est consacré à la musique. Un bon moyen de dépasser l'image habituellement attribuée aux écoles secondaires du quartier: «On parle souvent de ce qui va mal, et pas assez de ce qui se fait de bien», remarque Richard Charron.

Pour lui, il ne faut pas s'y tromper: l'objectif premier du programme est le succès scolaire. «Ici, on traite le décrochage, et ça marche: le taux de diplomation est de 100 % depuis presque toujours parmi les élèves inscrits au programme de musique. Ces programmes encouragent la poursuite scolaire et la réussite», explique-t-il.

Même si les élèves sont sélectionnés en fonction de leurs compétences musicales et non de leurs résultats scolaires, l'apprentissage de la musique ne se fait pas au détriment du parcours scolaire: «C'est la seule école qui offre un programme international et un programme de musique, ce qui permet aux élèves de faire les deux», précise André Grenier, directeur adjoint à la 3e secondaire. L'enseignement musical ne vient pas remplacer le programme obligatoire du ministère, dispensé comme dans toutes les écoles, mais il apporte un lien de l'élève à l'école, lui donne un sentiment d'appartenance qui le tire vers le haut.

12 orchestres, 6 chorales!

L'école, qui entretient des partenariats avec notamment le Conservatoire de musique du Québec à Montréal, l'OSM, les Départements de musique de l'UQAM et de l'Université de Montréal, compte cinq salles de classe, deux grandes salles de répétitions, 48 petits locaux de répétitions. Dans les couloirs, on navigue entre les sons d'instruments à vent, à cordes, les cuivres, les chants... Au total, deux orchestres symphoniques, six chorales, dix orchestres à vents et autant à cordes, et des projets à longueur d'année, entre les festivals, les concerts et des tournées qui mènent les élèves jusqu'en Europe.

Selon Richard Charron, la musique est avant tout un «heureux prétexte», un outil formidable pour motiver les jeunes, les valoriser à travers la pratique d'un instrument. Les murs des couloirs sont d'ailleurs tapissés des prix remportés au fil des ans à l'occasion de festivals, concerts, choeurs, événements particuliers ou hommages, accompagnés des photos des heureux gagnants: «Ils sont fiers de voir leurs photos affichées ainsi. Parfois, ils reconnaissent des amis, des frères ou soeurs qui ont remporté telle distinction, et c'est un élément de motivation.»

Selon lui, la musique leur apporte également une capacité de concentration précieuse. Il suffit de jeter un coup d'oeil dans une salle de classe pour s'en convaincre: devant une classe de 75 élèves, un jeune enseignant est le chef d'orchestre. «Debout», dit-il sans hausser la voix, et les 75 élèves se lèvent d'un seul mouvement. Quand il parle, pas un murmure dans la classe, et quand il donne un ordre, tous s'exécutent immédiatement. «La musique exige des élèves une discipline incroyable, souligne Richard Charron, et cette discipline leur restera acquise. Ils sont tous d'une politesse extraordinaire!»

Parmi les anciens élèves, plusieurs ont pris la voie d'une brillante carrière musicale. Citons notamment Alain Trudel, chef de l'Orchestre symphonique de Laval et tromboniste de carrière, mais aussi Jean-Marie Zeitouni, directeur musical de l'Orchestre de Columbus et directeur de l'Opéra de Montréal. L'école compte aussi, parmi ses anciens élèves, plusieurs musiciens dans des orchestres aux quatre coins du monde, de l'OSM à l'Orchestre symphonique de Milan, de Berlin, de New York ou de Toulouse. «Nos anciens élèves se joignent à des orchestres partout sur la planète. On a allumé ici la petite flamme, et ils sont devenus de grands musiciens.»

Une salle, s'il vous plaît!

Et, pour soutenir cette formidable machine en mouvement, la direction, les membres du personnel, les parents et même les élèves se battent encore et toujours pour obtenir plus de moyens. Plus de 800 instruments à entretenir et des élèves qui se promènent au gré des festivals et des tournées, tout cela, avec des coûts d'inscription extrêmement bas. «Nous nous faisons un devoir de garder cette ligne de conduite. Il ne faut pas que l'argent soit un obstacle, et les parents ne doivent pas priver un enfant qui souhaite faire de la musique, faute de moyens.» En mai 2005, les élèves étaient déjà descendus dans la rue pour faire entendre leurs voix et leurs instruments, afin de réclamer des subventions pour l'école... mais en vain.

Leur priorité actuelle: avoir leur propre salle de concert, qui leur permettrait notamment d'éviter le branle-bas de combat des dizaines de spectacles donnés chaque année dans des salles extérieures, avec tout ce que cela implique en matière d'encadrement, de sécurité, de transport des élèves et des instruments. «Nous avons créé un monstre avec lequel nous devons vivre!, plaisante Richard Charron. Mais ce que nous avons réussi à construire, nous allons essayer de le continuer pendant les trente prochaines années.»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 27 novembre 2010 09 h 41

    MELS

    Les pontes du MELS haïssent l'école Joseph-François-Perreault. La raison? Cette école a contré le décrochage scolaire avec des moyens non officiellement imaginés, reconnus et approuvés par la hiérarchie pédagogique.
    La motivation des enfants par le truchement de l'enseignement des Arts dépasse le seuil de compréhension des sous-ministres.
    Au Québec, l'exemple de la médiocrité vient d'en haut.