Hochelaga-Maisonneuve - La Fondation du Dr Julien ouvre son Garage à musique

Anne-Laure Jeanson Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

«Les enfants n'osent même pas imaginer qu'ils pourraient jouer d'un instrument»Mieux vaut être dans un band de garage que dans un gang. Hélène Sioui-Trudel, avocate-médiatrice, responsable du volet Alliance droit santé (ADS) de la Fondation du Dr Julien, a lancé le Garage à musique, le 15 novembre dernier, convaincue des effets positifs de la musique sur les jeunes. Son projet de pédiatrie sociale s'inspire d'une méthode vénézuélienne, El Sistema, qui sort les jeunes des ghettos en leur offrant un instrument de musique et un travail créatif en groupe.

En plus de la pratique collective de la musique, le Garage à musique du Centre Assistance d'enfants en difficulté (AED) d'Hochelaga-Maisonneuve offre aux jeunes du quartier un accompagnement scolaire adapté et un suivi en pédiatrie sociale. «Le but est d'agir de façon préventive en favorisant le développement optimal des enfants et des jeunes et l'obtention de meilleurs résultats scolaires par un accompagnement adapté, individuel et collectif», peut-on lire dans la lettre invitant les écoles à participer au projet-pilote.

Un premier projet-pilote

Le Garage à musique commence ses activités progressivement. Au printemps 2009, le volet Pratique collective de la musique a été expérimenté avec les 216 élèves de l'école Saint-Nom-de-Jésus. Entre les mois d'avril 2009 et de mai 2010, ils ont appris les percussions avec des membres du groupe Samajam. Deux concerts ont été présentés au chapiteau du centre communautaire, culturel, social et éducatif (CCSE) Maisonneuve. «Déjà après trois semaines, le directeur de l'école disait que l'atmosphère avait changé dans son établissement», note la responsable du projet.

«La musique collective développe les habiletés sociales et le développement global de chaque enfant», explique le directeur de l'école, Gérald Bélanger. Elle développe leur attention et leur estime de soi et, jusqu'à un certain point, «raffine le développement neurologique de l'enfant», ajoute le Dr Julien.

À deux reprises, Hélène Sioui-Trudel a trouvé des fonds pour réaliser ces concerts. Aujourd'hui, elle attend une réponse de financement du ministère de la Sécurité publique du Canada. Le comité conjoint Québec-Canada du Centre national de prévention du crime (CNPC), qualifiant son projet de «prometteur», a recommandé à Ottawa d'approuver son budget quinquennal de 2,5 millions de dollars.

Déblocage?

«En janvier 2009, on m'a confirmé que des fonds avaient été débloqués, mais, depuis avril 2010, je n'ai aucune nouvelle. Personne ne semble avoir d'information. J'ai donc décidé de ne plus attendre et de commencer les activités, raconte l'avocate, pressée par la situation. Un enfant sur deux à Hochelaga-Maisonneuve n'est pas prêt pour une entrée réussie à l'école.»

L'accompagnement scolaire adapté et le suivi en pédiatrie sociale offert par le Garage à musique viennent compléter les services en pédiatrie sociale du Centre, qui suit les enfants très vulnérables. «D'autres enfants aussi ont besoin d'aide», affirme Mme Trudel.

Depuis le lancement du projet dans sa totalité, deux jeunes sont suivis par un tuteur spécialisé et un professeur de piano donne des ateliers gratuitement. Le projet-pilote, qui s'échelonne jusqu'au 16 décembre prochain, a obtenu le concours de plusieurs partenaires qui donneront gracieusement des ateliers de percussions corporelles et d'éveil musical pour les 3-4 ans. «Pour l'instant, sans financement, je cherche uniquement des bénévoles», déplore Hélène
Sioui-Trudel.

À terme, ces pratiques collectives pourraient être une source de revenus pour le Garage à musique. «Les artistes pourraient se joindre aux enfants et aux jeunes musiciens du quartier pour donner des concerts», dit Mme Trudel. Les enfants du quartier n'osent même pas imaginer qu'ils pourraient jouer d'un instrument et encore moins avoir accès à un tuteur spécialisé.»

Avec un budget

Le Garage à musique espère embaucher du personnel qualifié dans les trois volets, soit dix professeurs de musique, dix tuteurs en accompagnement scolaire adapté et six intervenants pour assurer un suivi en pédiatrie sociale. Un coordonnateur assurerait le lien entre les volets et avec les éducateurs de musique à l'école. La Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec appuie en ce sens le projet auprès de la Commission scolaire de Montréal.

Enfin, deux responsables à l'accueil assureront avec Hélène Sioui-Trudel une présence, 16 heures par jour, 7 jours sur 7, au Centre. «Il faut aussi acheter des instruments, les entretenir, acheter des fournitures scolaires, couvrir le loyer, l'électricité, les assurances pour les enfants et les frais d'administration. Finalement, il faut aussi des fonds pour évaluer le projet», énumère-t-elle.

Pour l'instant, la coordonnatrice du projet a contacté les écoles primaires Saint-Nom-de-Jésus, Saint-Clément et Maisonneuve, et l'école secondaire Chomedey-De Maisonneuve.

«Les cours se tiendront tant le jour que le soir. Les jeunes seront aussi accueillis la nuit. Certains traînent dans les ruelles pendant les cours, d'autres n'ont pas de place où aller le soir, ils doivent "faire de l'air" ou sont simplement seuls», explique l'avocate-médiatrice.

Le suivi en pédiatrie sociale se déroulera comme au Centre AED, sous forme d'une évaluation-orientation de l'enfant ou du jeune. Le Garage à musique accueillera les enfants, en difficulté ou non, pour, par exemple, faire des jumelages avec des écoles mieux nanties.

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Angele Bilodeau - Inscrit 29 novembre 2010 12 h 43

    La Fondation du Dr Julien ouvre son Garage à musique

    Madame Anne-Laure Jeanson et Journal Le Devoir
    Votre article en titre du 28 novembre mentionne que le Programme fédéral du Centre national de prévention du crime (CNPC) s'était engagé à financer l'initiative dans Hochelaga-Maisonneuve, mais que ce financement tarde à entrer. Je vous invite à poursuivre la recherche sur cette piste. Au moins une autre initiative, cette fois dans Bordeaux-Cartierville - Un milieru ouvert sur ses écoles- est aussi en attente des fonds de ce même organisme fédéral, fonds qui ne sont pas livrés sans autres explications. Un tel fonctionnement compromet évidemment les interventions sur le terrain, et entraîne une perte considérable d'expertise. Faire peser de telles conditions d'opération sur les initiatives locales demande des explications et nous comptons sur les journalistes pour fouiller ces questions.

    Merci,

    Angèle Bilodeau
    Montréal