FACE - L'école de tous les arts

Jérôme Delgado Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L'école FACE offre depuis plus de trente ans un programme imbibé d'art. Musique, arts plastiques et art dramatique s'infiltrent dans le quotidien des élèves.

Avec son orchestre symphonique et le rayonnement que celui-ci peut donner à un établissement d'enseignement, l'école FACE, croit-on, se spécialise dans l'éducation musicale. Que non. Comme son acronyme ne l'indique pas, mais le cache bien, ce sont les arts, au pluriel, qui font sa particularité. «Formation artistique au coeur de l'enseignement», voilà l'explication qu'en donnent le site web de l'orchestre et, au demeurant, l'appellation officielle de cette école publique située au centre-ville de Montréal. FACE aujourd'hui, FACES à l'origine, il y a trente cinq ans, pour «Fine Art Care Education School».

Musique, arts plastiques et art dramatique sont enseignés dès la maternelle. «Un tiers de l'horaire hebdomadaire y est consacré. Tous sont obligés de suivre ces cours, jusqu'à la 5e secondaire. À FACE, on baigne dans les arts», dit sans ambages la conseillère pédagogique, France Hénault.

L'art prend tellement de place, finit-elle par avouer, que «l'après-midi il n'y a pas de récréation».

Tout en art

Ce bain artistique inclut la danse et la photographie, disciplines souvent inscrites au menu des activités parascolaires. Sans compter que l'environnement de l'école comprend l'Université McGill et ses salles Redpath et Pollack, le musée McCord et le Musée des beaux-arts. France Héneault le répète: «Les élèves baignent dans les arts à l'école et dans le milieu.»

La conseillère pédagogique sait de quoi elle parle. Elle y a non seulement enseigné pendant vingt ans (les mathématiques), mais ses propres enfants y ont fait la totalité, ou une partie, de leurs études primaires et secondaires. Le but n'est pas d'en faire des artistes professionnels, mais de leur ouvrir l'esprit et de leur donner confiance en soi.

L'école FACE est une des écoles de la Commission scolaire de Montréal qui suivent un «projet particulier en arts». C'est un peu beaucoup grâce à Philippe Baugniet, un de ses fondateurs et le premier directeur (1975-1990), qui croyait qu'intégrer les disciplines artistiques aux matières de base permettrait aux élèves de s'épanouir.

«Il y a des enfants qui arrivent d'autres écoles [avec un mauvais dossier scolaire] et qui reprennent confiance ici grâce à la musique, dit France Hénault, qui se rappelle un cas à l'époque de ses années de prof. Le garçon s'en est très bien tiré, sans devenir une "bol", mais avec des notes de 70 %.»

FACE n'est pas unique, admet-elle, mais sa particularité est cette propension musicale. On y enseigne autant la voix que les instruments, chose rare à Montréal. Les premières années, l'initiation passe par le xylophone, puis, en 3e année du primaire, par la flûte à bec. Dès la 4e année, on amène l'enfant à choisir entre les vents et les cordes, selon ses aptitudes... et les besoins de l'orchestre. «Ici, résume France Héneault, c'est la continuité.»

Créer, interpréter

Si, à FACE, on ne mêle pas les disciplines dans les cours, on les valorise selon trois principes similaires, voire identiques. On pousse les élèves à créer des oeuvres personnelles, à en interpréter (en musique et en théâtre) ou à en médiatiser (arts plastiques) et, enfin, à les apprécier. «De l'obligation de produire (arts visuels), de se produire (concerts, pièces de théâtre) et d'être reconnu par les pairs, les enseignants, les parents et les membres de la communauté naît un sentiment d'accomplissement qui hausse l'estime de soi et favorise une meilleure réussite sur le plan de l'éducation», lit-on dans le site Internet de l'école (www.face.csdm.qc.ca), au chapitre des «objectifs du programme pédagogique».

Des concerts, pour tous les niveaux, sont montés deux fois par an, sinon plus. Les pièces de théâtre sont réservées aux plus vieux, mais ce sont de «grosses productions» auxquelles les enfants rêvent de participer, selon la porte-parole de l'école. Et puis, des oeuvres parsèment les corridors dans toute l'école. «Je vous le dis, ils baignent dans l'art», dit-elle.

La plupart des professeurs sont des spécialistes engagés par l'école. Mais, à l'occasion, on fait appel à des gens de l'extérieur pour une expertise encore plus pointue. Ainsi, une entente avec l'Université McGill récemment mise en route permet à un étudiant instrumentiste de faire une sorte de stage en milieu scolaire. «Pour les enfants, c'est très intéressant. Ils voient quelqu'un qui joue de leur instrument comme un modèle, comme un exemple de jusqu'où ils peuvent se rendre.»

À voir ses propres enfants, France Hénault sait qu'une vie à FACE ne fait pas d'un individu un musicien, un artiste. Elle n'essaiera pas de convaincre quiconque du contraire. Elle est par contre persuadée que l'éveil culturel peut transformer une personnalité. Elle en a fait l'expérience.

«Mon plus vieux était de nature introvertie, raconte-t-elle. Il avait un certain talent pour les arts plastiques. Son père et moi ne le voyions pas sur une scène. Quelle fut notre grande surprise quand son professeur d'art dramatique nous a annoncé qu'il avait obtenu un des plus gros rôles de la pièce de fin d'année! Qu'il avait hérité du plus long texte!»

À FACE, les visages évoluent au contact des arts.

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Collaborateur du Devoir