Réussite scolaire - Beau défi que celui de réussir en musique

Thierry Haroun Collaboration spéciale
La patience et la passion sont des éléments essentiels quand on enseigne la musique, dit Hélène Laiberté, présidente de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec. «J’ajouterais de plus qu’enseigner la musique est un acte de création en soi.»<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Kovarick La patience et la passion sont des éléments essentiels quand on enseigne la musique, dit Hélène Laiberté, présidente de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec. «J’ajouterais de plus qu’enseigner la musique est un acte de création en soi.»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quels sont les défis et les enjeux entourant l'enseignement de la musique et la réussite scolaire en la matière? C'est ce thème que Le Devoir a soumis à l'examen de la présidente de la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec, Hélène Laliberté.

Comment définit-on la réussite en musique? «Ce principe est inscrit au coeur de l'enseignement dans nos écoles. Cela peut se traduire de différentes manières. Ce peut être le fait d'avoir l'assurance de progresser, c'est une façon aussi de se mesurer à soi-même. Cela fait dix ans que le programme de musique est enseigné à tous les cycles, sur une période de 12 ans de scolarité. Ce programme a pour assise le développement des compétences. Et en musique cela repose sur trois principes: inventer, interpréter et apprécier», souligne d'entrée de jeu Hélène Laliberté, pianiste de formation.

Quant à l'enseignement lui-même, il se porte plutôt bien, fait-elle remarquer. «Je vous dirais que l'enseignement de la musique dans son ensemble se porte relativement bien. Il progresse, il évolue de manière constante. En fait, l'enseignement de la musique, comme tout autre discipline, il faut s'y investir. Par contre, le côté un peu négatif, c'est que le régime pédagogique impose seulement 50 heures d'enseignement.»

Elle poursuit en soulignant que l'un des secrets de la réussite scolaire en musique repose sur la continuité. «En musique, il est toujours souhaitable de suivre un élève sur plusieurs années. Il est important également que l'élève puisse s'identifier au professeur.» En clair, précise-t-elle, le plaisir de jouer de la musique n'est pas étranger au plaisir d'enseigner. «C'est une question de complicité entre l'élève et le professeur. La patience et la passion sont des éléments essentiels quand on enseigne la musique. J'ajouterais de plus qu'enseigner la musique est un acte de création en soi.»

Reconnaissance

Mme Laliberté a de plus abordé la question de l'importance de la reconnaissance. «Je souhaite que la musique soit davantage reconnue. Je n'ai pas à vous dire que les arts en général sont les parents pauvres de la société. On est peu valorisé et peu soutenu dans nos revendications. À l'école, les gens sont bien contents qu'il y ait un petit ensemble de musique, qu'il y ait un concert à Noël ou à la fin de l'année, mais quand vient le temps d'obtenir un soutien du milieu, par exemple, la reconnaissance et l'appui ne sont pas toujours au rendez-vous.»

Il vous faut donc mettre les bouchées doubles? «Oui. Il faut travailler plus fort que les autres afin que les arts prennent leur juste place. On se retrouve souvent dans une situation précaire, vous savez.»

Intégration

L'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage est un enjeu qui concerne également le monde des arts, rappelle Mme Laliberté. «C'est un beau défi en effet. Et les élèves handicapés sont intégrés dans les classes de musique. À ce titre, les spécialistes de la musique ont développé des démarches d'enseignement toutes particulières pour ces élèves. De plus, il existe des instruments destinés à des enfants qui sont aux prises avec un handicap physique.»

Oui, maître

La formation des maîtres et la compétence des enseignants ont également été soulevées dans le cadre de cet entretien. «La question de la formation des maîtres en musique mériterait une réflexion approfondie à l'avenir. C'est un sujet important. Il faut admettre que les professeurs qui arrivent en classe, qui arrivent dans les écoles, se sentent parfois peu préparés pour faire face à la réalité. Il faut être très motivé pour être en mesure de gérer une classe et enseigner la musique à la fois. De plus, le bruit est une chose qu'il faut prendre en considération. On travaille continuellement dans le bruit, on est dans l'action, on anime, l'oreille de l'enseignant est très sollicitée. C'est parfois difficile à vivre, tout cela, et je peux vous dire que, en sortant de tout ce brouhaha, un enseignant en musique n'allume pas la radio quand il rentre du travail.»

Chose certaine, conclut-elle, on ne peut pas s'improviser professeur de musique, même dans le réseau scolaire, alors que des professeurs acceptent d'enseigner cette discipline. «Je peux vous dire que quelqu'un qui n'est pas musicien ou qui n'a pas de formation dans ce domaine et qui tente d'enseigner la musique ne fera pas progresser l'élève. Et l'élève le sait, il le ressent.»

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Michel Mongeau - Inscrit 6 décembre 2010 16 h 27

    Et pourtant...

    Malgré ce que soutiennent ci-haut les intervenants et professeurs de musique des écoles du Québec, il n'est pas rare de voir un adolescent sortir du système sans savoir ce qu'est une croche, un bémol, une symphonie ou une improvisation jazzistique. À qui ou à quoi la faute de cette situation pathétique?