Au secondaire - Des professeurs inquiets

Martine Letarte Collaboration spéciale
Un jeune musicien de l’enseignant Michel Painchaud<br />
Photo: Photos école Armand-Corbeil Un jeune musicien de l’enseignant Michel Painchaud

En 2009, pour la première fois en 21 ans, Josée Laforest était absente lors de la rentrée scolaire dans les deux écoles secondaires où elle enseignait la musique à Sorel-Tracy. Compte tenu du fait que le nombre d'heures de cours a diminué de moitié dans ses classes de 4e et de 5e secondaire et que les débutants de 4e secondaire étaient intégrés aux classes d'avancés, elle affirme qu'elle n'arrivait plus à allumer la flamme auprès de ses élèves. Elle a décroché. Faut-il s'inquiéter du contexte dans lequel on enseigne la musique au secondaire?

D'une école à une autre, il semble que la situation soit très différente. «De façon globale, il y a beaucoup de bonnes choses qui se font», affirme Jean-Sébastien Gascon, coordonnateur du développement à la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ).

Il affirme qu'on n'a jamais eu autant de programmes de concentration de musique dans les écoles. «Ces programmes sont très motivants pour les élèves. Je pense par exemple à l'école Joseph-François-Perrault, à Saint-Michel, un quartier dur de Montréal. L'école pourrait avoir toutes les misères du monde, mais son programme de musique est l'un des meilleurs au Québec et il attire des gens de différents quartiers.»

Or, dans les écoles régulières, c'est une tout autre histoire. Plusieurs n'offrent tout simplement pas de musique. «Et, parmi les écoles qui l'offrent encore, plusieurs le font dans un contexte très difficile», affirme M. Gascon.

Le cours de 50 heures

D'après la FAMEQ, l'un des problèmes majeurs dans l'enseignement de la musique au secondaire est l'arrivée, avec le renouveau pédagogique, du cours d'art de 50 heures obligatoire au deuxième cycle. Comme le cours à option de 100 heures n'est pas reconnu pour l'obtention du diplôme, plusieurs écoles ont tout simplement décidé de le laisser tomber pour donner le cours obligatoire de 50 heures.

C'est ce qui s'est passé à l'école de Josée Laforest. Avant 2005, elle voyait les élèves environ deux fois par semaine. À partir de 2005, elle a commencé à voir ceux de 4e et de 5e secondaire seulement une fois par semaine. «À un cours par semaine, l'enseignement est très dilué. On peut seulement faire des activités qui n'ont pas de liens entre elles. Ce n'est pas suffisant pour allumer la flamme», affirme celle qui continue maintenant à enseigner la musique en privé, en plus d'être formatrice auprès de la Fédération des harmonies et des orchestres symphoniques du Québec.

«L'intention du cours obligatoire était bonne, mais, avec 50 heures de musique par année, ce n'est pas suffisant pour apprendre la musique d'ensemble», affirme Jean-Sébastien Gascon.

«Déjà, à 100 heures, j'étais obligé de faire plein de parascolaire pour arriver à faire de l'orchestre! On ne peut pas enseigner la théorie, l'interprétation et la création, soit les trois compétences exigées en musique, en 50 heures», s'exclame pour sa part Michel Painchaud, enseignant de musique en 3e, 4e et 5e secondaire à l'école Armand-Corbeil, à Terrebonne.

L'établissement fait finalement de véritables acrobaties pour continuer à offrir plus de 50 heures de musique en 4e et 5e secondaire. «Avec l'accord de la direction et des enseignants, je réussis presque à avoir 50 autres heures en allant chercher les élèves qui le souhaitent pendant qu'ils sont dans d'autres cours. Pour éviter qu'ils manquent toujours les mêmes matières, je passe des heures à préparer les horaires que je remets aux élèves et aux professeurs lors de chaque étape», explique M. Painchaud.

Une histoire de fou, diront certains! «C'est une mesure transitoire, précise-t-il. Il faut que nous revenions au cours de 100 heures.»

La FAMEQ souhaite d'ailleurs que le ministère de l'Éducation exige que toutes les écoles offrent un cours de musique de 100 heures, de la 3e à la 5e secondaire.

La continuité


Une autre réalité qui complique l'enseignement de la musique au secondaire, remarque-t-on à la FAMEQ, c'est le fait que plusieurs écoles permettent à des élèves de choisir de faire de la musique en 3e ou en 4e secondaire même s'ils n'en ont jamais fait auparavant. «Les débutants se retrouvent donc dans les mêmes classes que les élèves avancés, ce qui crée des groupes non homogènes. C'est démotivant pour les élèves, mais aussi pour les professeurs», indique Jean-Sébastien Gascon.

Josée Laforest a vécu ce genre de difficultés. «D'un côté, on ne veut pas perdre l'intérêt des élèves qui font de la musique depuis plusieurs années, et, de l'autre, il faut motiver les nouveaux et leur montrer la base. Bien souvent, on finit par perdre la motivation de ceux qui font de la musique depuis longtemps et on frustre les nouveaux qui ne veulent pas mal paraître devant les autres. Ça crée des problèmes de comportement et même du grabuge. J'ai vu des affaires épouvantables», affirme celle qui se dit toujours passionnée par son métier et heureuse d'avoir la chance de pouvoir continuer à le faire dans un autre contexte.

De son côté, Michel Painchaud n'a pas à composer avec ces classes hétérogènes. «Chez nous, la musique et les arts ont toujours été bien soutenus. Nous ne laissons pas un élève qui n'a jamais fait de musique commencer en 3e secondaire.»

La FAMEQ souhaite d'ailleurs que le ministère exige une continuité disciplinaire de la 3e à la 5e secondaire. «Dans aucune autre matière, on n'accepterait des élèves qui n'ont aucune base dans les cours. Nous croyons que l'élève devrait pouvoir essayer deux formes d'art en 1re secondaire avant de faire son choix pour la 2e. Parce que la musique est très différente au primaire et au secondaire. Nous pensons que, comme ça, il y aurait également moins de changements en 3e secondaire parce que les choix seraient faits de façon plus éclairée.»

Pour la FAMEQ, il s'agit ni plus ni moins d'une question de survie de la musique dans les écoles régulières. «Nous avons besoin d'une intervention musclée pour éviter que l'enseignement de la musique continue de se dégrader dans les écoles qui n'ont pas de concentration, affirme M. Gascon. Parce que, si on veut que la musique continue d'être enseignée, les élèves doivent continuer à la choisir, et, pour ça, on doit leur offrir un projet artistique de qualité.»

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Collaboratrice du Devoir