Les petites et grandes transformations de Martin Léon

C’est dans son tout nouveau studio personnel, attenant à son domicile, que Martin Léon a créé ses 11 nouveaux titres.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir C’est dans son tout nouveau studio personnel, attenant à son domicile, que Martin Léon a créé ses 11 nouveaux titres.

Martin Léon discute comme il fait de la musique. Lentement, librement, intensément, poétiquement, sensuellement, même. Et son dernier album, plus qu'aucun auparavant, est en totale harmonie avec le chanteur ardent. Dans ce dernier effort, intitulé Les Atomes, il se sert de ces particules pour exposer les petites et les grandes transformations, des rapprochements amoureux à la mort.

C'est en plein coeur d'un récent voyage en Asie que Martin Léon a eu une illumination à propos des molécules dont nous sommes construits. Précisément à Tokyo, note le chanteur. Entre une gigantesque autoroute et un jardin zen, où quelques personnes faisaient leur tai-chi. «Je m'étais toujours dit que le chemin le plus court entre deux êtres humains était la musique. Alors qu'il y a plus court que ça. Il y a le puzzle 3D dans lequel on est tous, qui est fait d'atomes. Toi qui est moi, le fait qu'on est tous interreliés, interdépendants.»

Évidemment, le troisième disque original de l'auteur-compositeur-interprète n'en est pas un sur la science de l'atome, Léon avouant sans aucune torture qu'il est novice en la matière. Le guitariste, qui a participé aux disques Douze hommes rapaillés, s'est davantage penché sur la poésie de la chose, sur l'invisible. «Ce qui gère tout ça, c'est le jeu de mémoire entre l'oiseau et le nid, le jeu de lumière derrière les saisons, c'est la vie. Ça, c'est un thème qui n'a pas fini de m'inspirer, j'avais envie de double-cliquer là-dessus. Et de voir ce qu'il y a là-dedans comme groove. T'as les atomes crochus, t'as ceux qui se repoussent, t'as les atomes qui se retransforment quand on quitte ce corps-là, quand on meurt.»

Dans une bulle

Martin Léon a toujours aimé le groove. Déjà sur Kiki BBQ, son premier disque solo, puis sur Le Facteur vent, la guitare était doublée d'un fond un peu R'n'B — une basse bien ronde et une batterie pas timide. L'album Moon grill, un genre de «best of» enregistré comme un spectacle en studio, a montré une transition de la guitare aux claviers qualifiés par Léon d'«impressionnistes» et qui sont omniprésents sur Les Atomes.

C'est dans son tout nouveau studio personnel, attenant à son domicile, que le compositeur de nombreuses musiques de film a créé ses 11 nouveaux titres. «Quand je suis revenu de voyage, j'étais plein, enceinte si tu veux de toutes ces idées-là. Et le studio était prêt, j'ai appelé les musiciens, et ça s'est fait tout d'un jet, en à peine quatre mois, raconte celui qui était un ami proche de Dédé Fortin. Je me suis mis à travailler neuf, dix heures, quinze heures par jour, six jours par semaine. J'ai plongé dans une bulle, complètement, en déséquilibre total. Lâché lousse.»

Les Atomes, enregistré avec les mêmes musiciens que sur Moon grill, est donc le fruit d'un tripeux qui, pour la toute première fois, avait en ses mains tout son nécessaire de travail. C'est un peu pour ça que Martin Léon a eu l'impression de se retrouver à «la case 1 d'un nouveau jeu». «Là, je ne suis pas un menuisier qui n'a pas ses ciseaux à bois, je suis un compositeur qui a son studio. Je fais en une heure ce que je faisais en quatre avant. Je suis assis dans mon nid.»

Même s'il a été fait en peu de temps, Les Atomes demande à l'auditeur d'être attentif, patient, pour bien décoder les multiples couches de sens et de sons. Le chanteur plaide d'ailleurs pour une vie sociale, culturelle et politique au rythme plus lent. «Si t'es pressé dans la vie, tu vas passer à côté de cet album-là, du voyage qu'il y a dedans. Et probablement à côté de tout mon travail. C'est dommage des fois d'être pressés. Dire qu'on a failli passer à côté de Richard Desjardins. Qu'on a failli passer à côté de Gaston Miron. On était où? Devant nos télés? Je me suis questionné là-dessus, mais ça ne va pas changer la vitesse de mon travail. Je veux que ce soit plus intense, plus profond, plus large, plus grand. Parce que la vie avance.» Et que les atomes bougent.