Vitrine du disque - 26 novembre 2010

Susie Arioli<br />
Photo: Susie Arioli

Jazz
Christmas Dreaming
Susie Arioli
Spectra

Si le Parlement canadien est déjà drapé de guirlandes et qu'on a reçu des patrons une feuille de demande de congés, on a bien le droit de commencer à parler de Noël. Musicalement parlant, s'entend. Parce qu'il faut dire combien le Christmas Dreaming de Susie Arioli est tout à fait Arioli: la définition même du relax de bon goût. Guitare à la fois aérienne et «groundée» de Jordan Officer, chant cristallin et répertoire typique de la dame en question. C'est-à-dire? Des grands classiques et quelques titres moins connus. Toujours à la sauce Arioli, country-blues-jazz acoustique au nez des années 1930 et à la robe swing. Ça va des connues Blue Christmas à Have Yourself a Merry Christmas, en passant par de belles inconnues plus country (Can Collect on Christmas ou Old Toy Train). Noël amène souvent le pire en musique: Arioli, ici comme ailleurs, fait plutôt preuve du meilleur goût qui soit. En spectacle à l'Astral les 10 et 11 décembre.

Guillaume Bourgault-Côté


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Trad
Le Vent du Nord symphonique
Avec l'Orchestre symphonique de Québec, sous la direction d'Airat Ichmouratov. Arrangements symphoniques: Tom Myron.
Les Disques SRC

Pour la première fois, un groupe trad québécois marie sur disque sa musique à celle d'un orchestre symphonique. Un projet audacieux, visionnaire et risqué. Mais le vent du Nord a soufflé fort en ce soir de tempête du 11 décembre 2009 au Grand Théâtre de Québec et cette rencontre de la musique de cuisine et de l'art savant représente une véritable apothéose. Grâce à la souplesse des arrangements et à la grande sensibilité du chef, on ressent le soul tout plein la scène. L'OSQ n'étouffe rien de cette création aérienne ou haletante, joue en dessous des pieds et des voix, ornemente, dialogue, fait le bourdon, crée des mélodies dans les mélodies, brasse la cage, swigne sur les airs croches et laisse respirer le Vent qui interprète trois pièces sans lui. Un véritable disque-événement!

Yves Bernard

Le Vent du nord - Les amants du Saint-Laurent


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Folk
Live in London
Regina Spektor
Sire Records

Le problème avec Regina Spektor, c'est qu'on pensait pouvoir combiner l'écoute de l'un de ses albums avec l'exécution d'une tâche simple — faire la vaisselle, un mots croisés. Mais non; on s'y absorbe, on y revient, on en redemande. On se demande pourquoi on avait pris nos distances depuis Soviet Kitsch (2004), le temps de redécouvrir des pièces plus récentes, qui nous étaient apparues a priori trop commerciales, trop fignolées — Begin to Hope (2006) et Far (2009). Finalement, c'est avec le talent de conteuse de Regina Spektor que l'on renoue sur ce Live in London, doublé d'un DVD réalisé en hommage au violoncelliste Daniel Cho, décédé cet été. Spektor est elle-même une espèce de Fred Pellerin, version made in Russia, processed in New York, un brin hipster, et qui transmet la couleur de son art en PPP — partenariat piano-poésie. Avec le quatuor de cordes qui l'accompagne sur scène, elle offre même trois nouvelles pièces — Silly Eye-Color Generalizations, Bobbing for Apples et Love You're a Whore.

Émilie Parent-Bouchard

Regina Spektor: Fidelity


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Monde
8 REFLEXIONES
Caroline Planté
El pescador de estrellas
www.myspace.com/carolineplant

Pour la première fois de l'histoire, un album de flamenco serait entièrement composé et interprété par une femme. Et cette femme guitariste est montréalaise. Après avoir tout connu des moindres recoins des clubs locaux, Caroline Planté s'installe au pays de Paco, devient la directrice musicale de la compagnie madrilène Cruceta Flamenco et s'attaque aux styles les plus profonds du grand flamenco. 8 reflexiones divulgue une artiste à la fluidité classique, très mélodique, mais parfaitement capable de pénétrer les raclements de la déchirure et de décomposer les rythmes. Bien que très flamenca dans son approche, elle transgresse le genre en intégrant avec finesse du rap et des touches de jazz ou d'électro. Même de grands cantaors comme Duquende et Rafael Jimenez Falo se prêtent au jeu. Plus qu'un grand disque de flamenco montréalais, 8 reflexiones révèle une superbe création internationale.

Y. B.

Caroline Planté: Plenitud


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Classique

BACH
Les 6 Partitas pour clavier. Vladimir Ashkenazy (piano). Decca 2 CD 478 2163.

Après Le Clavier bien tempéré, Vladimir Ashkenazy (73 ans déjà!) retourne à Bach pour son éditeur historique. Contrairement aux disques Ashkenazy-Decca des années 1970, le piano, d'une admirable plénitude, est capté avec précision à une distance réaliste. Sur le terrain des Partitas au piano, Ashkenazy se mesure bien sûr à Gould, mais aussi à un remarquable trio composé de Murray Perahia, András Schiff et Jean Louis Steuerman. L'approche du Russe est limpide: simplicité, épure et une utilisation du piano, non comme instrument romantique, mais comme clavier à riche sonorité. Le jeu est délié comme sur un clavier du temps de Bach. Là où Perahia instille un classicisme haydnien, Ashkenazy emprunte la voie cartésienne de la deuxième version Schiff (ECM), mais dans un ton plus chambriste et feutré. Ce Bach sans effets et jamais racoleur séduira ceux qui trouvent Perahia trop beau pour être vrai.

Christophe Huss

Bach: Partita Nr1 Menuet


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Classique
BACH
Magnificat. The Netherlands Bach Society, Jos van Veldhoven. Channel Classics CCS SA 32010.
«A Choral Year with Bach». Bach Collegium Japan, Masaaki Suzuki. Bis CD 1951.

Le début du Festival Bach de Montréal nous a amenés à nous pencher sur de nombreuses parutions vocales. Entre une adaptation de l'Oratorio de Noël pour big band (une des horreurs de la décennie, chez Signum) et la réédition de la Passion selon saint Matthieu par Hermann Scherchen en 1953 (document historique intéressant, Tahra) nous avons choisi les nouveautés de deux grands interprètes de notre temps. Bis a rassemblé en un disque grand public les plus beaux choeurs des cantates, dont le surprenant Masaaki Suzuki, élève de Ton Koopman, enregistre l'intégrale. Le Hollandais Jos van Veldhoven a, lui, gravé le Magnificat en y interpolant quatre interludes choraux sur le thème de Noël (de Sweelinck à Johann Michael Bach) qui en rehaussent, de manière saisissante et lumineuse, le caractère méditatif.

C. H.

Bach: Quia Respexit


1 commentaire
  • Stéphane Martineau - Inscrit 27 novembre 2010 09 h 56

    BACH TOUJOURS À DÉCOUVRIR

    J'ai bien aimé le coffret Le Clavier bien tempéré de Vladimir Ashkenazy...j'irai assurément à la découverte de «ses» partitas...merci M. Huss de nous en informer....de la belle musique en perspective à écouter tranquillement pendant le congé des fêtes....et après aussi.....