Mobilisation à la SOCAN

François Cousineau<br />
Photo: Michel Gagné François Cousineau

C'était veillée d'armes mardi soir dernier au 21e gala de la SOCAN. Il y avait certes la remise de prix: la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique honorait dûment les siens, grands anciens, nouveaux venus et pas mal de monde entre les deux (une brève nommait quelques lauréats en ces pages au lendemain du gala, on en trouvera la liste complète sur le site www.socan.ca). C'était comme d'habitude un party de famille qui valait le déplacement, bon vin et truculence s'alliant inévitablement en cours de soirée. Mais l'heure était grave et la fête des créateurs était assortie d'un corollaire: la survie même desdits créateurs.

C'est François Cousineau — au podium pour T'es belle, écrite et composée avec Jean-Pierre Ferland — qui est monté au créneau le premier: «Là, ça va mal pour nous autres. [...] On est en train de se faire bafouer.» C'était dans l'air: à quelques petites semaines de la potentielle adoption à Ottawa du projet de loi C-32 modifiant en profondeur la notion même de droit d'auteur à l'ère de la numérisation, les récents galas de la SPACQ et de l'ADISQ avaient déjà grossi le choeur des artisans alarmés. Mais ce mardi, c'était pour ainsi dire tout le monde qui s'y mettait, jusqu'à Jim Corcoran, à la fois coanimateur du gala et quatre fois intronisé au panthéon des «Classiques de la SOCAN». À l'une de ses immortelles, J'vais changer le monde, il accolait: «J'espère d'abord qu'on va changer Harper...»

Dans «l'autobus du show business»


Marie-Denise Pelletier, au nom de la société d'interprètes Artisti, mais aussi en sa qualité d'auteure-compositrice-interprète, a carrément sonné l'appel des troupes, invitant l'assemblée à «débarquer à Ottawa» les 25 et 26 novembre. De véritables «autobus du show business» — ainsi baptisés en écho à la célèbre chanson de Jean-Pierre Ferland — seront affrétés et remplis à ras bords d'artistes. Les volontaires, mardi soir, ne manquaient pas. Chacun, à son tour de micro, brandissait son trophée de verre taillé tel un pavé de barricade: «Cette partie de baie vitrée nous remplit le coeur», s'est exclamé Stéphane Archambault, les autres Aïeux autour de lui. Du «Wake up, Mr Harper!» du compositeur de musique de télévision Raymond Fabi au «combat pour le droit d'auteur qui est devenu le combat pour la survivance de la langue française» de Luc Plamondon (grand honoré de la soirée, avec Édith Butler), chacun se ralliait à sa façon et réservait sa place dans l'un ou autre autobus.

Je pouvais difficilement ne pas noter la coïncidence: jeudi 25 novembre, le grand spectacle collectif Le Devoir: 100 ans de chansons aura lieu à guichets fermés au Métropolis alors qu'une première armada chansonnière sur roues cernera le Parlement canadien. Complémentarité fortuite, mais non moins symboliquement parlante pour la chanson d'ici: on en célébrera la longévité en même temps qu'on se battra pour sa continuité. C'était aussi, sans plus de préméditation, la teneur de ce gala de la SOCAN à nul autre pareil: ici un Stéphane Venne évoquait la courte vie des chansons qui ont précédé C'est notre fête aujourd'hui (son «premier hit», créé par Renée Claude), là un Frédéric Giroux, multi-instrumentiste de Mes Aïeux, craignait un destin encore plus funeste aux chansons à venir et à ceux qui les feront: «Si on nous coupe le tiers de nos vivres, le tiers de nos artistes vont disparaître...»