Concerts classiques - Les délires de Walter

Pas étonnant que l'humour de Walter Boudreau — qui avait enfilé une queue de pie pour se déguiser — ait rencontré celui de Heinz Karl Gruber, chansonnier et compositeur autrichien, héritier subversif de Kurt Weill, dont il est d'ailleurs un très grand interprète.

Frankenstein!!, c'est d'abord la bonne idée d'un titre porteur. C'est ensuite une sorte de Schrek musical sur un texte délirant du Viennois Hans Carl Artmann, qui prétendait (sans autre explication) qu'il y avait là matière à allégorie politique. Le côté iconoclaste va jusqu'à l'emploi d'instruments inattendus, comme des jouets. Mais la musique que Gruber insinue autour de cette histoire témoigne d'un typique et aguicheur art viennois de la séduction. On pense à Weill, au cabaret, à L'Histoire du soldat et à la folie des happenings de Friedrich Gulda.

Le succès d'une représentation de Frankenstein!! dépend largement de la prestation du chansonnier, personnage omniprésent, disjoncté et pince-sans-rire qui parle, chante, chuinte et éructe, un rôle Gruber assume habituellement. Le défi est immense et Simon Fournier — sans singer le compositeur — l'a relevé.

Attifé en Autrichien, du genre compagnon du Reich dans les années 40, Fournier, excellent acteur, a rendu justice à la gamme expressive, de la candeur au fiel sournois, Gruber le surpassant toutefois dans les incarnations enfantines. On aurait imaginé que Walter Boudreau serait encore plus «allumé» par la partition, rendue par un effectif orchestral minimal. Il y a encore plus de poétique des sons dans Frankenstein!!

En première partie se sont succédés une danse lascive sur une habile musique électronique post-nucléaire (Dufort), une neige épaisse et fondante (c'est ce que veut dire Amuya) pas mal fondue tant elle porte son âge, et, d'Edwards, un cérémonial bruitique urbano-industriel — avec de vraies scies circulaires! — si outré qu'il en devenait drôle.