Daniel Bélanger au Métropolis - Intransigeante transe

Nous, l'album paru il y a un an, est déjà sous l'empire du groove. Nous, le spectacle, allait forcément pousser la pulsation jusqu'à un paroxysme inouï. Ça allait de soi: fallait quand même le faire. Et le fait est que c'était hier au Métropolis ce genre de spectacle qui, façon James Brown, façon Sly Stone, et même un peu façon Donald Lautrec 1970, ne vous laisse pas vraiment le choix: la musique en impose au corps.

D'entrée de jeu, et de plus en plus intensément, la basse au pic la plus ronde du monde que joue JF Lemieux rentrait forcément dans le ventre, la batterie d'Alexis Martin chatouillait bien évidemment les extrémités, les saxos d'André Désilets et Luc Lemire aggripaient assurément le fond de culotte, les synthés 70s de Martin Lizotte courtcircuitaient irrésistiblement les neurones, les deux souful sisters de choristes (dont les noms m'ont échappé, désolé) excitaient tout naturellement le poil des jambes, et Daniel Bélanger, lui, n'avait plus qu'à enchanter en chantant et hacher menu quelques riffs.

L'intérêt n'était pas de savoir quelles chansons ce génie de la chanson allait privilégier, outre celles de Nous, inévitablement majoritaires, mais bien de s'abandonner à l'intransigeante transe qu'elles allaient toutes provoquer. Qu'il s'agisse d'Imparfait, Te quitter, Les temps fous, Sortez-moi de moi, elles étaient prétextes à modulations et syncopes. On les reconnaissait encore, mais elles ne s'appartenaient plus entièrement. Les chansons, nouvelles et anciennes, avaient abdiqué leur indépendance pour suivre l'obsédant rythme, subjuguées, envoûtées, pour ne pas dire vaudouisées.

C'était à ce point le groove d'abord que Bélanger en oubliait un peu de s'occuper des gens, au service lui aussi de sa transe intransigeante. Son monologue surréaliste, en intro d'Impossible, aux trois-quarts du spectacle (quand j'ai quitté, tombée oblige), était en cela une sorte de soupape. Si groovy soit le groove, il faisait bon savoir que Bélanger pouvait échapper momentanément à sa tyrannie. Vous me direz qui a gagné, à la fin. Ça recommence ce soir, au même Métropolis.
1 commentaire
  • Sylvain Cormier - Inscrit 29 octobre 2010 08 h 19

    Choristes

    Vérification faite, les deux soul sisters aux chœurs étaient: Dawn Cumberbatch et Coco Thompson. Compliments.
    Sylvain Cormier