Symphonie pour moteur de machine à coudre

«Ces machines à coudre ont une vie, une histoire, une sonorité unique», estime Martin Messier.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Ces machines à coudre ont une vie, une histoire, une sonorité unique», estime Martin Messier.

Il n'a jamais perdu le fil de sa création. En tombant par hasard, dans un écoquartier de Montréal, sur une vieille machine à coudre électrique de marque Singer, le compositeur-instrumentiste atypique Martin Messier savait qu'un jour, il allait réussir à la faire chanter. Un ambitieux projet qui, ce soir, dans le cadre du Festival de musique actuelle Akousma, va finalement prendre vie avec une première attendue, celle du Sewing Machine Orchestra, sa dernière création.

Le détournement est fascinant. Sur scène, huit de ces objets mythiques, dont le bruit unique a rebondi sur le mur des maisons du Québec dans les années 1950, 60 et 70, vont s'exposer, en toute simplicité, sur des planches de bois chargées d'amplifier la sonorité de leur moteur. Messier, en alchimiste de l'électroacoustique, un ordinateur portable marqué d'une pomme lumineuse et quelques boîtes électriques contrôlées à distance se chargeront alors de les faire respirer, haleter et s'envoler pendant 25 à 30 minutes.

«C'est une création dans la contrainte et c'est ce que j'aime, lance l'artiste rencontré par Le Devoir lors d'une récente répétition. Aujourd'hui, avec la musique par ordinateur, nous vivons dans un monde sonore de l'infini et de tous les possibles. Avec ce projet, je voulais justement m'éloigner de cet univers pour renouer avec la matérialité du son.»

L'artiste ne coud pas. Il ne l'a jamais fait. Mais il sait très bien tisser des liens avec l'incongru. Il l'a déjà fait par le passé avec L'Horloger, une aventure sonore exploitant une dizaine de vieux réveille-matin, ou encore avec son Projet pupitre, une pièce musicale composée de tous ces bruits générés par les objets que l'on peut trouver sur un bureau: crayon, agrafeuse, ciseaux, élastique...

«Avec des objets, plus qu'avec des sons sortant d'un ordinateur, c'est l'esprit de performance qui prend le dessus, dit Martin Messier, ex-batteur qui s'est frotté à l'électroacoustisme à l'Université de Montréal. Là, je me retrouve avec huit machines qui font sensiblement le même son, mais c'est malgré tout plein de possibilités.»

L'artiste invite au silence et appuie sur une touche de son clavier. Les machines se mettent alors en marche, par à-coups, installant très vite dans la pièce un jeu rythmique précis et rapide en même temps. «C'est du matériel de qualité avec des moteurs qui réagissent super rapidement, résume Martin Messier, qui aime se voir surtout comme un antiquaire sonore plutôt qu'un recycleur. Ces machines à coudre ont une vie, une histoire, une sonorité unique. Elles ont une matière à extraire et c'est ce que j'ai essayé de faire.» Une matière qui, ce soir, va remplir la salle du Monument-National à Montréal après des mois de préparation, de répétitions, d'ajustements et de doutes pour cet orchestre hors norme qui, au-delà des tonalités, cherche aussi à tisser des liens entre deux mondes: celui du textile et de la musique.

Concert de machines à coudre (extrait)


1 commentaire
  • Claude NADEAU - Inscrit 30 octobre 2010 04 h 37

    Louise de Charpentier

    Gustave Charpentier avait utilisé le son de la machine à coudre dès 1893 dans son opéra "Louise": le 2e tableau de l'acte 2 s'ouvre sur une scène représentant un atelier de couture à Montmartre. L'orchestration du prélude prévoit l'utilisation d'une machine à coudre Singer (ils prononcent "saint gère") au sein de l'orchestre pour faire "ambiance d'atelier de couture"!

    Cependant, bien que cela figure dans la partition, je n'ai jamais entendu aucun orchestre le faire... ni l'orchestre symphonique de McGill qui avait représenté Louise vers les années 96 (mon 1er opéra sur scène! aaah séquence émotion), ni l'Opéra de Paris qui a présenté Louise en 2009. Et pourtant, je leur avais coquinement proposé mes services à cet effet, non pas comme musicienne mais comme couturière... une trentaine de représentations, ça m'aurait fait des sacrés mollets!

    Bravo Martin Messier pour votre inventivité! et le mot de Cambronne pour l'Orchestre des Machines à Coudre!