Concerts classiques - 24 minutes de musique

Les passerelles qui mènent à la musique, on peut les créer artificiellement dans les entrepôts de bière (ça réconforte; ça amuse la galerie et les médias) ou dans les musées — les secondes probablement plus censées constructives et efficaces. Pourtant, à ma connaissance, personne à l'OSM n'a pensé à établir de lien entre l'exposition Otto Dix du Musée des beaux-arts et la présentation de la Symphonie Mathis le peintre de Hindemith.

Il est pourtant frappant de voir que le peintre Dix, l'un des meneurs du mouvement de la nouvelle objectivité, et Hindemith, le plus grand représentant de cette Neue Sachlichkeit en musique, tous deux déclarés dégénérés par les nazis, se sont référés à la force expressive d'un même peintre: Mathias Grünewald (c. 1470-1528) et plus précisément son oeuvre phare, le retable d'Issenheim.

Otto Dix peignit, entre 1929 et 1932, sur le modèle de Grünewald, son tryptique Der Krieg (la guerre). Hindemith composa, en 1933-1935, un opéra, Mathis le peintre, dont Grünewald est le héros. Il en tira — avant même son achèvement — une symphonie, créée en mars 1934. Trois mouvements, trois panneaux et un point culminant final: La Tentation de Saint Antoine, la plus fulgurantes et «pré-dixienne» des visions de Grünewald.

La Neue Sachlichkeit de Hindemith, dans son incarnation post-expressionniste, c'est le rejet de la sentimentalité ou de l'agitation émotionnelle. Ainsi, Mathis der Maler, c'est l'anti-Sixième de Mahler (programmée la semaine dernière). La stimulation sensorielle par la construction, les envolées, le tuilage des motifs, les trouées de lumières, la diffraction de l'harmonie (dans la division des violons) prennent la place de l'émotion. Dans le Finale, le méthodique Hindemith sonne parfois comme un Bartok allemand.

Herbert Blomstedt a parfaitement structuré cette rude, courte (24 minutes), mais fascinante composition, avec un sens aigu de la sonorité juste. Dans l'ultime Alléluia, les cuivres s'affirment avec plénitude et noblesse. Seul le premier Sehr Lebhaft (très animé) du Finale pourrait être encore plus furieux pour traduire les grimaces et le chaos de ce panneau du retable de Grünewald.

Mais pourquoi a-t-on fourgué à cet immense chef, dans le 2e Concerto de Brahms, un partenariat avec un artiste «individualiste» (c'est dans sa bio) qui triture la partition ad nauseam comme un conducteur qui s'endort périodiquement au volant? On a «admiré» le geste mystique serkinien de vibration de la main droite dans les airs; peut-être avions-nous affaire à un pianiste magnétiseur? «Mr. Serkin est retourné au Japon (...) en octobre 2010», nous dit le programme. Il aurait dû y rester!
1 commentaire
  • Gaétan Sirois - Abonné 28 octobre 2010 09 h 46

    Serkin

    J'ai eu le malheur d'assister à un concert de M. Serkin cet été. Je me demande que fait ce pianiste sans talent dans nos salles ? .