Des machines et des hommes

Alexander Schubert viendra livrer les grandes lignes de son Sinebag avec des musiciens en chair et en os.<br />
Photo: Alexander Schubert Alexander Schubert viendra livrer les grandes lignes de son Sinebag avec des musiciens en chair et en os.

Plus éclaté, moins académique, mais surtout plus proche des humains qui permettent aux machines de s'exprimer. Pour sa 7e édition, le festival automnal de musiques électroacoustiques et électroniques Akousma, qui prend son envol ce soir au Monument-National, poursuit la remise en cause de ses fondations par l'exploration de nouvelles contrées sonores. Des univers où les créateurs vont se retrouver cette année au centre de leurs créations... et de la scène.

«On n'oublie pas l'essence de la musique électroacoustique, qui est plus faite pour s'écouter que pour se montrer sur scène, lance le directeur artistique de l'événement, Nicolas Bernier. Mais l'objectif cette année est aussi de remettre l'humain au coeur de la musique. C'est mon dada. Et ce n'est pas incompatible.»

Le slogan de la cuvée 2010 — «Vive le son vivant!» — donne le ton. Et jusqu'à dimanche, il va prendre la forme d'un défilé d'une dizaine d'alchimistes de la musique en mode binaire d'ici et d'ailleurs. Des noms? Pauline Oliveros, cette Texane de 78 ans, fondatrice du mouvement «deep listening» qui, pour la première fois, débarque à Montréal avec le minimalisme de ses «tape musics», Mitchell Akiyama et son quatuor à vent électronique, ou encore Alexander Schubert, qui vient livrer les grandes lignes de son Sinebag avec des musiciens en chair et en os, le clarinettiste Philippe Lauzier et le percussionniste Michel F. Côté.

Dans cette programmation qui met à l'honneur la musique improvisée, la musique actuelle et la musique électroacoustique dans tous ses états, le créateur Martin Messier intrigue forcément avec son orchestre composé de... huit machines à coudre du siècle dernier. Quant à Félix-Antoine Morin, c'est Le Château de cordes, sa dernière aventure, dont il va ouvrir la porte, quelques jours avant le courant.air de Nicolas Bernier, une composition pour guitare acoustique.

«On continue de mélanger les genres, de décloisonner, pour atteindre un plus large public [la dernière édition d'Akousma s'est jouée à guichet fermé], résume le directeur artistique. Nous ne voulons pas que cette musique soit seulement le fait d'un petit groupe, on veut intéresser tous ceux qui s'intéressent aux sons et aux frontières en mouvement entre les disciplines», et ce, en rupture avec l'époque, en tournant le dos à la Toile.

Oui, Akousma fait rayonner l'électro. Mais, dans un paradoxe étonnant, pas question toutefois d'y trouver des créations qui exploitent l'Internet, son vaste réseau et ses promesses de transcender le temps et l'espace. «Ça n'aurait pas de sens, dit Bernier. Les artistes invités font un travail sur le son et sur la qualité de l'écoute. La sensualité de ces oeuvres ne survivrait pas aux contraintes techniques du Web.» On l'avait compris: l'humanité d'une proposition artistique, c'est souvent en personne qu'elle se savoure.