À voir à la télévision le lundi 16 juin - Un Film d'opéra crédible

La diffusion à Télé-Québec du Don Giovanni réalisé en 1974 par Joseph Losey nous permet de revoir l'une des rares réalisations à peu près crédibles dans le genre hybride du film d'opéra.

Le film d'opéra n'a pas été avare en catastrophes, tant cinématographiques que musicales. On se souviendra, par exemple, de l'Otello mutilé de Zeffirelli, du Carmen pédant de Francesco Rosi (ah! ces plans fixes interminables... ) ou du naïf Madama Butterfly de Frédéric Mitterrand (Butterfly est triste, donc il pleut... ), sans parler de la niaise Bohème de Comencini ou du misérable Boris Godounov de Zulawski.

Près de trente ans après son tournage, le Don Giovanni de Losey, tout comme La Traviata de Zeffirelli, demeure l'une des rares réussites d'un genre renouvelé il y a deux ans par Benoît Jacquot avec Tosca. Une vraie direction d'acteurs, des chanteurs crédibles (contrairement, par exemple, à Barbara Hendricks dans La Bohème), le cadre magnifique de l'architecture vénitienne de Palladio et les costumes très réussis sont les atouts de ce film. Deux points d'achoppement cependant. Musicalement, la direction de Maazel est assez pataude et le valet Leporello (José van Dam) a souvent plus d'autorité que son maître, Don Giovanni (Ruggero Raimondi). Esthétiquement, les bruitages et les changements d'ambiances sonores (réverbération vs. matité) restent artisanaux et la technique très artificielle de la présonorisation (les chanteurs miment leur enregistrement) ôte une vie qu'Ingmar Bergman avait su préserver dans le théâtre filmé de sa Flûte enchantée, en employant le «sing-back», technique qui demande aux protagonistes de chanter réellement, sur une bande son orchestrale, pendant le tournage. C'est l'emploi de cette technique, comme en témoigne le récent Trouble in Tahiti de Bernstein réalisé par la BBC, qui donnera éventuellement vie, dans le futur, à cet exercice périlleux.

Don Giovanni

Télé-Québec, 21h