Concerts classiques - Stéphane Tétreault vole la vedette

Que retiendrons nous du concert gala d'I Musici en 2010? L'affiche d'une visite prestigieuse, celle de Maxim Vengerov, et, avant tout, une prestation révélatrice et émouvante d'un déjà grand musicien québécois de 17 ans, le violoncelliste Stéphane Tétreault.

Loin du simple élève doué, Stéphane Tétreault est déjà un sacré personnage. Il fait corps avec son instrument et semble l'entraîner dans une farandole musicale. Le son est nourri, de même que le vibrato. L'intensité sonore persiste même dans les nuances infinitésimales. L'esprit des variations y est aussi, par exemple l'humour léger de l'Andante grazioso. Stéphane Tétreault, artiste généreux, que l'on sent en pleine efflorescence, est sur une voie qui peut lui permettre de tout espérer.

Maxim Vengerov fut pour son cadet un chef attentif, les deux se rejoignant dans une coda endiablée, prolongée par un rappel amusant et efficace, spécialement écrit pour l'occasion par Airat Ichmouratov. Yuli Turovsky, dans la salle avec son épouse (qui s'est cassé le bras), a dû apprécier la performance de son élève.

La soirée fut surtout un show de solistes, après Tétreault et la pause, Vengerov reprenait son violon - chose exceptionnelle - pour une vibrante et lumineuse Romance op. 50. Belle musique impeccablement jouée, sans stigmates des problèmes physiques qui ont amené sa reconversion.

Car Vengerov est chef d'orchestre. Mais la question n'est pas encore réglée. Il avait fait bonne figure à l'OSM. Il prend un visible plaisir à diriger, a l'air détendu et convivial avec les musiciens (la convivialité est en train de primer sur toutes les autres qualités auprès de la gent orchestrale...). Il a tenté et réussi de faire jouer I Musici (12 permanents et 24 renforts) avec précision et plénitude sonore.

Les choses s'arrêtent là. Vengerov est un excellent musicien, mais pour aller plus loin il lui faudrait un coach stylistique. Engluée dans des tempos piétons et scotchée par des phrasés raides et sans vie, la musique apparaît ânonnée par une direction prudente et empesée.

La Symphonie inachevée devenait la «Symphonie qui n'en finit pas», la Jupiter — où seul le Finale émergeait — perdait toute sa théâtralité, le cantabile du mouvement lent, la scansion du Menuet. Par ailleurs il est difficile de concevoir de ne pas séparer violons I et II dans une telle ?uvre.

Vengerov devrait faire comme Lang Lang: six mois en stage intensif auprès de Daniel Barenboïm pour apprendre l'art de récréer la musique. On en reparlera après et il pourra nous réserver des surprises.