Le Metropolitan Opera au cinéma - Un Boris à la loupe

Le Met proposait samedi dans les cinémas une seconde nouvelle production de sa saison 2010-2011: Boris Godounov.

Le ramdam autour de l'aventure wagnérienne de Robert Lepage a largement détourné l'attention du tremblement de scène touchant la nouvelle production de l'opéra phare de Moussorgski: trois mois avant la première de Boris, le célèbre metteur en scène allemand Peter Stein, qui devait faire ses débuts au Met, s'est retiré du projet «pour raisons personnelles» — apparemment un ras-le-bol du septuagénaire devant les tracasseries administratives dans l'obtention d'un visa de travail.

Il reste beaucoup de Stein et de son équipe dans ce qui a été présenté: le dispositif scénique, son concept, les décors, les quelque 600 costumes. Le travail de mise en scène a été confié en catastrophe à Stephen Wadsworth, directeur des études théâtrales de l'atelier d'opéra du Met. Assurément attribuable à Peter Stein, l'idée du changement rapide et même de l'interpénétration des tableaux est très efficace. Ainsi, Boris sur son trône se profile en ombre chinoise dans la scène du monastère, où le vieux moine historien Pimène révèle au novice Grigori l'histoire du dauphin Dimitri, présumément assassiné par Boris.

Cette page d'histoire, qui motive le drame, est consignée en un immense livre, omniprésent. On notera que dans le dernier tableau, révolutionnaire, les meurtres des puissants par le peuple se font sur ce livre, comme si l'histoire était en train de s'écrire en lettres de sang.

Valery Gergiev choisit la version dite «originale révisée» de 1872, avec l'acte polonais étoffé et la conclusion dans la forêt de Kromy, mais réintroduit la scène de la cathédrale Saint-Basile avant la mort de Boris au Kremlin. S'il opère ainsi, c'est sans doute parce que le personnage de l'Innocent prend une place majeure dans le spectacle. En permanence, il ravive la conscience de Boris, il est l'expression de sa torture et de l'hiatus entre le bien que le tsar est à même de prodiguer et la tache (supposée ou réelle, l'ambiguïté est mince, mais elle plane) sur son passé. La confrontation Boris-Innocent, devant Saint-Basile, est la résolution des tensions: elle montre que certaines taches ne se lavent pas. Boris meurt peu après.

Sur le plan visuel, c'est un Boris Godounov tout sauf spectaculaire, tristounet presque, et des éclairages peu inventifs l'enterrent complètement. La direction d'acteurs excellente compense la chose, de même que la musique, menée par l'implacable Valery Gergiev.

René Pape est impressionnant dans sa prise de rôle, de même qu'Alexanders Antonenko, campant sans nuances un Grigory ambitieux et sans foi ni loi. Mais tous sont excellents, avec mentions spéciales au Rangoni fielleux d'Evgueny Nikitine et à l'Innocent illuminé d'Andreï Popov.

La plus grande surprise est venue à la fin, lorsqu'on a vu que le responsable de la réalisation, abusant de gros plans, de contre-plongées et incapable de saisir la puissance de la foule, était Brian Large. Détestait-il tant la production qu'il désirait nous la cacher? Une chose est sûre, le Boris du Met, s'il est un jour publié en DVD, ne fera pas partie de mes achats prioritaires.
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 26 octobre 2010 06 h 41

    J'ai adoré

    J'ai adoré cette présentation de Boris, au MET/Cinéma