Le chef Yannick Nézet-Séguin réussit le test à Berlin

Le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin faisait jeudi soir ses débuts à la tête du célèbre Philharmonique de Berlin. Une grande première pour un Québécois. Succès à la clé.

Difficile de manquer l'affiche «Yannick Nézet-Séguin à Berlin»: Radio-Canada l'a placardée partout sur Internet, y consacrant une couverture spéciale en forme de compte à rebours digne d'un lancement de fusée et achetant même des espaces publicitaires sur Google! On en avait fait nettement moins pour la dernière grande tournée de l'Orchestre symphonique de Montréal, notre institution musicale vedette.

La venue de Nézet-Séguin à Berlin s'inscrit logiquement dans sa fulgurante carrière: il est bien rare que les Berlinois laissent passer un chef que leurs rivaux de Vienne ont déjà invité plusieurs fois. La programmation fait d'ailleurs la place belle aux étoiles montantes: Andris Nelsons et le tchèque Thomas Netopil ont précédé Nézet-Séguin au Philharmonique ce mois-ci.

Être invité, ce n'est pas tout: il faut assurer. Et à en juger par le concert de jeudi — retransmis sur Espace Musique le soir même, et accessible gratuitement pendant 30 jours sur Espace Classique —, Yannick Nézet-Séguin a assuré. On en connaît des chefs qui, à Berlin, pris de crises d'angoisse, en ont oublié leur latin et leur musique. Au micro de Françoise Davoine, «notre chef» (comme l'appelle cette dernière) avouait aussi avoir été «à l'envers» avant d'entrer en scène.

La large respiration des Offrandes oubliées de Messiaen lui a permis de s'installer dans le concert. Le 2e Concerto de Prokofiev avec Yefim Bronfman, le plus grand spécialiste mondial de cette oeuvre, fut très solide, mais moins enivrant qu'avec Gergiev à Vienne il y a quelques années.

En fait, c'est la Fantastique de Berlioz que tout le monde attendait. Le chef a imposé sa présence dans un premier volet nourri par une animation permanente. «Le Bal», assez lisse, n'est pas le volet le plus intéressant de la Fantastique de Nézet-Séguin. Il précède une très retenue et intimiste «Scène aux champs», dans laquelle le chef semblait se délecter des timbres de l'orchestre. Plus que le 4e mouvement, le Finale est, avec le premier volet, le moment plus inventif. On retient la «Danse des clarinettes», enchaînée sans le moindre temps mort; les cloches, toujours aussi admirables à Berlin; le choral

legato du Dies Irae aux cors et trombones et les cordes grinçantes du passage sul ponticello. La fièvre frénétique fut limitée aux 30 dernières secondes, ce qui la rendait un peu gratuite et incongrue en regard d'une approche étonnamment posée.

Sur Espace Musique, à sa sortie de scène, Yannick Nézet-Séguin a reconnu avoir atteint un «degré d'intensité et d'émotion», qu'il n'avait jamais connu. Une partie du public a même continué à applaudir pendant la sortie de l'orchestre, amenant, chose rare, le chef à venir saluer seul sur scène. Aujourd'hui à 14h, heure de Montréal, le dernier des trois concerts sera diffusé en direct sur Internet par le Philharmonique de Berlin dans sa «salle de concert virtuelle» (www.digitalconcerthall.com).