Photo de famille du rap québécois

Tour de force et coup d'éclat, le site Web HHQc.com, spécialisé dans la culture hip-hop du Québec, a fait paraître mardi une compilation de musique rap regroupant, à coups de multiples collaborations inédites, pas moins d'une cinquantaine de rappeurs. Nommé La Force du nombre, le disque rassemble des artistes de tous les «clans» et de toutes les villes d'origine, et permet peut-être de définir pour la première fois le son du rap québécois.

La compilation de HHQc.com ressemble à une grande photo de famille. Une famille élargie, un brin dysfonctionnelle, mais qui le temps d'un mariage laisserait de côté les points de vue divergents, les chicanes et n'hésiterait pas à se serrer la main.

Parce que, pour La Force du nombre, l'équipe d'HHQc.com a ratissé très large. Il y a les gros noms qui jouent à la radio, les nouveaux venus, ceux qui jouent d'audace, ceux qui sont davantage de la vieille école, ceux qui sont plus «mauvais garçons» et ceux qui sont plus «gentlemen».

Les quinze premières chansons sont faites de duos ou de trios inédits, et la dernière pièce rassemble une quinzaine d'autres rappeurs. En tout, plus d'une cinquantaine d'artistes — sans compter les fabricants de rythmes — se côtoient pour la toute première fois. Parmi ces réunions impromptues, mentionnons celles entre Yvon Krevé et Buzzy Bwoy, entre Sir Pathétik et Taktika, entre Poirier et Mic Life, entre Samian, Soké et Mocy, ainsi que celle entre Sans Pression, Koriass et Jenny Salgado. Sacré choc des sons en tout genre.

«Quand on a demandé aux artistes de nous soumettre des chansons, on n'a pas vraiment donné de direction artistique, on voulait surtout ne pas les mettre dans leurs zones de confort, raconte Carlos Munoz, le directeur de marketing du site HHQc.com, fondé il y a sept ans par Raphaël Théberge. Et ce qui m'a étonné, c'est que, pour la première fois de ma vie depuis que j'écoute du rap québécois, je trouve qu'il y a un son. Pas hard, ni gangster, mais un son sec. En gros, on arrive à un son que je qualifierais de son québécois.»

Diffusion et promotion


Pour lancer La Force du nombre, le site HHQc.com a créé sa propre étiquette de disque et paraphé une entente avec le distributeur DEP, permettant ainsi à l'album d'être diffusé à grande échelle. Mais l'équipe n'a pas l'intention de signer des contrats avec des artistes, même s'ils ont déjà reçu quelques demandes. «Le pain et leur beurre du site, c'est d'avoir une place neutre dans la communauté hip-hop; alors, ce serait un peu problématique de signer avec des artistes, raconte Carlos Munoz. L'idée est plutôt de faire des projets d'envergure, de rendre le hip-hop plus fort, de le professionnaliser, de permettre une plus grande diffusion, de sortir des sentiers battus, de toucher le grand public le plus possible.»

Carlos Munoz, qui navigue dans le rap depuis 1996 et qui dirige aussi les productions Silence d'Or, trouve que le hip-hop québécois est en quelque sorte dans son adolescence. «Il y a tout de même une dizaine de maisons de disques qui font du bon boulot, qui ont de bons standards de qualité, du côté du son, des vidéoclips, des relations avec les médias. Je pense entre autres à Iro Productions, à 7e ciel, à AbuzivMuzik... Ce sont toutes des maisons de disques avec huit ou neuf ans d'expérience, qui ont appris la business sur le tas et qui commencent à rivaliser avec ce qui se fait dans le reste de l'industrie.»

En parallèle du lancement de La Force du nombre, HHQc.com prépare une mise à neuf de son site Internet, une troisième mise à jour depuis sa fondation en 1993. L'accent sera davantage mis sur le contenu, et veut recruter plus de personnel rédactionnel pour couvrir les spectacles ou faire des critiques de disques avec plus d'assiduité.