Carte blanche à Clara Furey au Quat'Sous - Quelqu'un derrière

Que Clara Furey suscite la curiosité n'est pas étonnant: on avait vu la danseuse danser, l'actrice faire l'actrice, on se demandait forcément comment chantait et ce que chantait l'auteure-compositrice-interprète. Franchement, j'espérais de cette première médiatique au Théâtre de Quat'Sous l'audace, la vraie: un spectacle sans façon, à la bonne franquette, une débutante qui offrirait ses chansons tout bonnement. Ç'aurait été dire: me voici me voilà. Ç'aurait été signifier: je ne suis pas seulement d'où je viens, je suis une promesse à moi toute seule.

Peut-être saura-t-on un jour qui est cette Clara: hier on n'a vu d'elle que de l'habillage, et des sparages. Tout un petit théâtre d'elle-même, ou plutôt: la représentation de ce qu'elle croit que nous attendons d'elle. Des poses. De l'érotisme. Des mélodies emberlificotées. Une Artiste avec un grand A, déjà! Artiste elle l'est, talentueuse assurément, voix intéressante, pianiste accomplie: de quoi affirmer avec certitude que derrière les sparages, il y a quelqu'un.

Nul besoin pour ça de chanter debout sur le piano en revêtant le boléro de son costume de toréador (ou bien dos au public...), ni de se coucher par terre pendant qu'un clip la montre s'épivardant au ralenti dans une clairière. Nul besoin de donner ainsi tout le temps dans le geste étudié, sans brèche par où la vie pourrait s'immiscer. Jamais un mot, sinon un timide merci ça et là, ou pour nommer son monde: frérot Tomas, Jasmine Bee Jee, Owen Chapman, Bénédicte Décary. Zéro contact.

Il fallait que ce soit hautement conceptuel, comme de raison. L'exigence était là, terrible: fallait se montrer à la hauteur. Avec ces moyens-là, quand on a Céline Bonnier à la mise en scène, toute une équipe de pros, pas question d'être ordinaire. C'est l'originalité à tout prix ou rien, et finalement ce n'est rien: c'est chanter Barbara en fumant une clope. Ridicule? Non, triste. Cette jeune femme a hérité d'une cage.
1 commentaire
  • Paul Gagnon - Inscrit 22 octobre 2010 16 h 39

    bizarrerie

    Une sorte de ‘Coeur de pirate’ anglophone, me semble-t-il. Du moins à l’oreille…
    Mes excuses à Béatrice Martin.