Entrevue avec Daniel Bélanger - Un an plus tard, Nous, le spectacle

Daniel Bélanger entame sa tournée de l’album Nous un an après sa sortie.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Daniel Bélanger entame sa tournée de l’album Nous un an après sa sortie.

Il y a presque un an, début novembre 2009, Daniel Bélanger et moi, nous nous parlions avec une excitation non dissimulée de Nous. Non, pas nous comme dans nous deux. Nous avec une majuscule, son album intitulé Nous, alors tout neuf. Un album «sous l'empire du groove», écrivais-je en ces pages. «C'est guitare folk au centre et James Brown autour.» L'album donnait tout de suite hâte au spectacle. Nous piaffions. Nous: vous et moi et la scène. La scène voulait cette pulsation, au plus vite. Mais la scène était requise ailleurs, et Bélanger aussi: il y a eu Paradis perdu, la grosse bébelle cosmique de Jean Lemire et Dominic Champagne, trame instrumentale signée Bélanger, puis il y a eu l'extraordinaire transposition en musical des Belles-sœurs de Tremblay par René-Richard Cyr avec Bélanger aux gospelisantes et chouettes musiques. De sorte que nous voilà — nous: Bélanger, vous et moi — au cœur de l'automne 2010, et c'est seulement maintenant que ça va se passer (dès ce soir à Gatineau, les 28 et 29 octobre au Métropolis). Il est plus que temps. Nous n'en pouvons plus d'attendre Nous.

«J'ai eu à réapprendre presque toutes mes paroles», avoue-t-il en riant au bout du fil. Vrai? «Oui, oui. Un petit travail supplémentaire que je n'avais pas prévu...» Il s'en est rendu compte aux premières répétitions. «Quand tu commences le travail de préparation d'un spectacle et que tu montes les tounes, t'es en cercle avec tes musiciens, on se regarde tous. Les musiciens attendent des instructions et toi, t'as quatre affaires à faire en même temps. Te souvenir des paroles, te souvenir de tes "parts" de guitare, écouter ce que ça donne et voir ce qu'il faudrait faire pour l'amélioration. Habituellement, comme tu sors de l'enregistrement de ton album, ça va tout seul pour les paroles et les "parts". Ce coup-ci, mon fidèle coréalisateur et bassiste Jean-François Lemieux se souvenait des chansons mieux que moi.»

Un trou dans le continuum espace-temps, dirait-on dans les Star Trek. Il y avait un épisode comme ça où le capitaine

Jean-Luc Picard, enlevé par une autre civilisation, vivait une vie entière ailleurs avant de reprendre le cours normal de la sienne. «Belles-soeurs, ça m'a sorti de moi-même, comme dans ma chanson Sortez-moi de moi. J'ai été complètement réoxygéné. J'ai plongé là-dedans comme dans un bain de bonheur, et j'en suis ressorti doucement euphorique. Un autre homme et le même à la fois.» Je ne lui demande pas si Paradis perdu lui a fait du bien aussi. Ça ne nous a pas fait tellement de bien à nous, alors autant passer outre.

Curieuse expérience

Revenons plutôt à Nous. Nous, le spectacle. «J'ai redécouvert mon propre album, avec la distance et le recul. C'était comme l'album d'un autre, sauf que c'était le mien. Curieuse expérience. J'étais plutôt fier, j'ai trouvé ça bon comme je ne trouve jamais ça bon au moment de la sortie: c'est toujours le pire moment, la sortie, t'as plus l'oreille pour entendre ce que tu viens de faire. Alors que là, c'est à nouveau frais, et les possibilités sur scène sont grandes.» Au moment de l'entrevue, il n'a pas encore décidé comment ça commencera. «C'est la pratique qui va décider, plus que la théorie. Je ne sais pas encore exactement quand les cuivres vont attaquer. [Il y aura six musiciens, dont trois cuivres, James Brown oblige.] Ça se place, mais c'est pas tout placé.»

Peut-être que tout ne sera pas en place à la fin de la courte tournée, le 16 décembre à L'Étoile Dix30. «En toute probabilité, dit-il en pouffant, on va être rodés APRÈS la tournée...» Une relance à l'été 2011 est heureusement prévue, pour les festivals. Nous sommes trop nombreux à vouloir Nous sur scène pour que Nous s'arrête au milieu de la communion. «Je suis en congé de janvier à juin, et même si le spectacle est un mégasuccès cet automne, c'est le plan de match. Mais après l'été, on ne sait jamais. Un show qui est rodé, avant qu'il ne devienne lassant, c'est extraordinaire à faire.» Et à vivre, de notre côté à nous. Nous qui aimons Nous. Nous qui l'aimons, lui.