La moitié homme de Jimmy Hunt

Jimmy Hunt est un habitué des spectacles rock et des dérapages qui les entourent parfois. <br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Jimmy Hunt est un habitué des spectacles rock et des dérapages qui les entourent parfois.

Après avoir fait la pluie et le beau temps sur les scènes du Québec avec son groupe rock Chocolat, le chanteur Jimmy Hunt met de côté sa moitié loup pour laisser toute la place à sa moitié homme. Le résultat est un disque de chansons folk au penchant orchestral, idéal pour le spleen de l'automne qui meurt à petit feu.

Déjà, sur le disque Piano élégant de Chocolat, et même avant cela, alors qu'il jouait à l'homme-orchestre, le rockeur Jimmy Hunt montrait un pan musical proche de la chanson et du folk. Sur ce disque qui porte son nom, le voici poussé plus à fond, sur un ton doux et personnel.

«J'avais des chansons accumulées, certaines pour Chocolat, mais d'autres qui ne cadraient pas dans le projet», dit Jimmy Hunt en précisant que son groupe n'est pas mort, mais plutôt en veilleuse. «Je me suis rendu compte que c'était plus intimiste comme travail et, quelque part, c'était le temps que je le fasse. Je n'aime pas dire ça, mais "j'étais dû"!»

Celui qu'on entend sur la pièce Pour un infidèle, de Coeur de pirate, a rapidement décidé avec le réalisateur Martin Chouinard que le disque emprunterait aux arrangements de la musique classique. La batterie, par exemple, ne fait pas toujours un rythme constant, mais vient parfois marquer les pièces de quelques accents. Et les cordes, toutes jouées en superposition par le musicien Emmanuel Éthier, sont bien présentes. «Au départ, c'était beaucoup plus dans cette direction orchestrale, mais on a ramené ça vers quelque chose de plus proche de la base des chansons. L'album se fait encore guitare-voix.»

Citer et s'adapter

Sur ce disque fortement influencé par la chanson française des années 1970, Jimmy Hunt s'est amusé au jeu des citations, parfois subtiles, parfois si grosses qu'elles font rire. Si on sent beaucoup l'âme et le groove de Gainsbourg (un des favoris de Hunt) sur Ça va de soi et Everything Crash, l'auditeur sursautera lors du refrain d'Annabelle, qui pastiche quasiment Femme de rêve, de Claude Dubois. «Ouais! dit Jimmy Hunt en rigolant. Quand on l'a enregistrée, on est partis à rire, surtout après le refrain sifflé! Mais c'est vrai qu'il y a une couple de clins d'oeil à des classiques. On ne les poussait pas, mais on ne s'empêchait pas de les faire pour autant. Mais j'avoue que j'aime bien jouer avec le ton un peu fleur bleue de cette époque-là.»

Fleur bleue, le mot est lancé. Non, ce disque ne nous plonge pas dans le quétaine, mais dans une certaine sensibilité à travers un constant dialogue avec une fille, qui arrive ou qui part, selon la chanson. «Certains textes, oui, sont fleur bleue, avoue le chanteur à la voix nasillarde. Mais c'est exactement ça que je ne voulais pas censurer. Ça parle d'une relation entre deux personnes, c'est un univers de clichés, et je ne me suis pas empêché de les exploiter. Avant, dans mes textes, j'ajoutais une twist, une violence, une agressivité, pour casser ça. Là, je ne l'ai pas fait.»

Jimmy Hunt est un habitué des spectacles rock et des dérapages qui les entourent parfois — et même documentés sur le film Élégant, de Yan Giroux, qui montre le passage tumultueux du groupe aux îles de la Madeleine. Maintenant, le Montréalais au sang d'Irlandais devra jouer dans un tout autre registre. «Le spectacle de ce disque-là sera plus exigeant, dit d'emblée Jimmy Hunt. Quand tu fais un show plus up-tempo, il se crée vite une ambiance dans la salle. Mais là, ce sont des spectacles à placer, le contact avec le public est plus important. Cet été, j'ai fait les premières parties de Coeur de pirate et je me suis retrouvé à Laval devant 800 personnes en silence qui écoutent! Je pense que je vais grandir dans cette expérience-là.»

Jimmy Hunt: Ça va de soi