Vitrine du disque - 22 octobre 2010

Oztara
Photo: Oztara

Chanson métisse
LA PARADE
Oztara
Indépendant / Outside

Depuis leur début, on les imaginait dans la rue avec leurs chansons de fête et de métissages portées par leurs instruments acoustiques et leurs accents forains. Pour ce troisième album, l'esprit général perdure, mais on perçoit davantage l'attitude rock dans l'énergie de l'interprétation et parfois par l'insertion de la guitare électrique, spaghetti western compris. Si les principales références, comme le reggae ou les musiques latines et tziganes, demeurent, on les entend moins, au profit d'une nouvelle homogénéité conférée par le réalisateur François Lalonde. Il fait également plonger le groupe dans un esprit plus urbain, intègre par touches délicates des bidouillages, ajoute des instruments. Presque tout est interprété en français. On y cause de cette grande parade de la vie que l'on regarde passer, dans laquelle on tente parfois d'embarquer et de laquelle on peut aussi décrocher. Mais, musicalement, elle est toujours au rendez-vous.

Yves Bernard

Oztara: La course


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Classique
Schumann
Quatuor et Quintette avec piano. Claire-Marie Le Guay et le Quatuor Mandelring. Audite 92.574 (Naxos). E. Le Sage, G. Nikolitch, D. Kashimoto, L. Bertaud,
F. Salque. Alpha 166 (SRI).

Le Quintette avec piano est l'oeuvre la plus enregistrée de l'Année Schumann, nouvelle référence à la clé: l'enregistrement de Marc-André Hamelin et du Quatuor Takacs (Hyperion). Les deux nouveaux venus partent avec l'avantage du couplage idéal. Avec Éric Le Sage et ses amis, on craignait de voir reproduite la conception sonore très éclatée de l'enregistrement des Trios. C'est effectivement ce qui se passe: une joute à quatre (ou cinq) avec des instruments individualisés dans une acoustique très sèche qui accentue la patine ancienne du piano. Les trois derniers mouvements du Quintette sont le sommet d'un disque sévère et étrange. Claire-Marie Le Guay et les Mandelring sont plus classiques, plus fondus, sans le raffinement du CD Hyperion. Le côté lapidaire de la Marche du Quintette est surjoué.

Christophe Huss

Schumann: Quintette En Mi Bémol Majeur, Finale


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Opéra-folk
LES FILLES DE CALEB - EXTRAITS
Artistes divers
Paroles et musique: Michel Rivard
Tandem.mu - Sélect

Méfiance, méfiance. Qui veut, a priori, d'une série télé si marquante en musical, fût-ce en «opéra folk»? Daniel Boucher en Ovila chantant, peut-être bien, mais Luce Dufault en Émilie Bordeleau, vraiment? Dans quel guêpier l'intelligent Rivard a-t-il été se fourrer? Après écoute de ces extraits, je ne sais toujours pas si la scène voudra de cette histoire interprétée par d'autres, mais je sais ceci: Rivard a fait du bon Rivard. Du Rivard version folk des Appalaches, avec podorythmie çà et là. Des mélodies qui coulent de rivières en grand fleuve, des interprètes qui sont au service des mélodies plutôt que le contraire, et l'instrumentation qui a la part belle, avec le coréalisateur Louis-Jean Cormier s'ajoutant à la bande à Rivard. Ça fait Beau Dommage quand Marie-Michèle Desrosiers chante, Rivard solo partout ailleurs. Et c'est très bien ainsi. Un bel album, c'est déjà inespéré.

Sylvain Cormier

Daniel Boucher: Ma belle brune


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Monde
NOMADAK TX
Oreka TX
World Village

Ce duo basque fait revivre le txalaparta, l'instrument emblématique de sa culture, jadis censuré par Franco, dont le son rappelle le marimba de l'Afrique australe. On le joue en frappant des bâtons à la verticale et en improvisant. Une percussion à la fois mélodique et rythmique que Harkaitz Martinez de San Vincente et Igor Otxoa marient à une panoplie de sons de la planète tout en préservant leur forte identité. Pour le documentaire portant le nom du disque, ils ont créé une musique proprement nomade que leur ont inspirée leurs rencontres avec des musiciens de la Mongolie, de l'Inde et du désert du Sahara. Pour l'album, ils ont réarrangé les pièces. Et le résultat est saisissant. Une pulsion très dense permet de se promener à travers les époques en faisant se côtoyer le chant harmonique ou amazigh, des percussions caverneuses ou vocales, du sitar et des cordes tragiques. Dans tout cela, Oreka TX ne s'y perd pas. Bien au contraire.

Y. B.

Oreka TX: Lauhazka

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Classique
Schumann
Spanisches Liederspiel op. 74. Minnespiel op. 101. Spanische Liebeslieder op. 138. Marlis Petersen, Anke Vondung, Werner Güra, Konrad Jarnot. HM HMC 902 050 (SRI).

C'est dans le domaine des oeuvres chorales et pour ensembles vocaux que l'on attendait une réelle «revalorisation de répertoire» à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Schumann. Nikolaus Harnoncourt nous a donné des Scènes de Faust intéressantes, mais pas déterminantes. Quant aux magnifiques choeurs a cappella pour voix de femmes ou aux Ballades, on attend toujours. Voici une parution apportant un regard neuf sur un pan intéressant et ignoré de l'oeuvre de Schumann, qui se fait ici cousin de Brahms, puisque le Spanisches Liederspiel n'est pas sans rappeler l'esprit des Liebesliederwalzer. Les trois cycles sont à géométrie variable, avec des solos, des duos et des quatuors; les cycles «espagnols» sont extravertis, le Minnespiel, plus intime. Les quatre jeunes voix s'accordent à merveille. Un disque utile. Enfin!

C. H.

Schumann: Spanisches Liederspiel_Erste Begegnung

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Roots-pop
THE UNION
Elton John / Leon Russell
Decca - Universal

Reginald Dwight, dit Elton John, faute de place sur la tête pour d'autres cheveux neufs et dans ses placards pour d'autres «eight hundred dollar shoes» (c'est le titre d'une de ses nouvelles chansons), cherchait un sens à son existence. Pourquoi pas une noble mission? Et voilà notre gnome parti à la rescousse du grand Leon Russell, qu'il retrouva en plein nulle part et en pleine décomposition dans sa tignasse blanche. Elton ramena Leon en studio et derrière un piano, et ce qui devait arriver arriva: Leon redevint tout naturellement Leon, aussi génialement inspiré et imbibé de swamp-blues et de bon boogie qu'au temps de Mad Dogs & The Englishmen. La nouvelle de son retour attira les copains: Marc Ribot, Jim Keltner participèrent, Brian Wilson et Neil Young chantèrent. T-Bone Burnett brassa la tambouille à son habituelle manière, et Elton se surpassa, pour changer. Qui a sauvé qui? Disons que la bonne action a été récompensée.

S. C.

Elton John/Leon Russel: Hearts Have Turned To Stone


1 commentaire
  • AntoineB - Inscrit 27 octobre 2010 14 h 32

    Une belle pièce

    La pièce "Ma belle brume" est en général comme l'album complet: excellente, romantique, chantée avec tout le talent de Daniel Boucher... Chaque interprète est excellent: Stéphanie Lapointe joue merveilleusement bien le rôle de Blanche, Bruno Pelletier est égal à lui même (une voix douce et sensuelle), Yves Lambert excelle aussi dans son interprétaton d'une pièce à La Bottine Souriante un peu...

    Bref, peu importe les goûts, chacun y trouvera une chanson qui lui plaira! Un album à découvrir!!!

    J'ai déjà mes billets... Et vous???