Spectacle - Aznavour en mode mineur

Question à six millions: qu'ont en commun la commission Bastarache et Charles Aznavour? La première est invoquée dans la comédie musicale consacrée au dernier... Tout comme Vincent Lacroix, Occupation double et le Bixi! C'est l'une des choses qui clochent dans Je m'voyais déjà, ce spectacle imaginé par Katia Aznavour autour des chansons de son père. Si la musique et la mise en scène sont identiques à la production de Paris, le reste a été repensé pour le Québec. Or cette adaptation québécoise est inutile.

Tout comme l'idée d'introduire des classiques d'Aznavour en expliquant sommairement le contexte de leur écriture. Un côté didactique qui ne fait qu'appuyer la faiblesse du livret signé Laurent Ruquier et adapté par Pierre Légaré. Or, ici, l'histoire demeure un prétexte pour mettre en avant les chansons. Comme d'habitude.

À la sortie d'une audition qui a mal tourné, six apprentis artistes sont amers et prennent à partie un des membres du jury; une chanteuse oubliée qui leur donne l'idée de monter une comédie musicale autour de l'oeuvre d'Aznavour. Elle les aidera à créer ce spectacle, qui va se faire non sans drames ni déceptions. Mais aussi dans le bonheur et l'allégresse. Comme dans les chansons de Charles Aznavour!

Bien sûr, l'idée de juxtaposer la nostalgie d'Aznavour aux rêves d'une jeunesse pleine de promesses est excellente en soi. À l'ère des Star Académie et autres Canadian Idol, le désir de se voir en haut de l'affiche est toujours criant. Malheureusement, en cours de route, la mise en scène d'Alain Sachs (avec des effets visuels dignes des diaporamas de voyages d'antan) abuse tellement des clichés que ça en devient gênant. Les personnages sont aussi typés qu'une horde de touristes dans les rues de Montmartre (ou du Vieux-Montréal, pour adapter l'expression au Québec). À l'instar du feu Blues d'la métropole, les chansons sont illustrées au premier degré, puis enrobées dans des idylles amoureuses terriblement mièvres.

Malgré ces réserves, les interprètes sauvent la mise. À force de talent et d'investissement. Judith Bérard, dans le rôle de la chanteuse plus expérimentée, nous donne des frissons avec son interprétation de Mourir d'aimer. Sarah Dagenais Hakim est aussi bonne en chanteuse qu'en actrice. Même chose pour la fausse ingénue d'Élise Cormier, dont la voix est d'une grande richesse. D'ailleurs, côté vocal, les femmes sont plus convaincantes dans leurs prestations solos que les hommes, à l'exception d'Hugo Lapierre (Comme ils disent). Et Frédérick De Grandpré? Il a une belle voix de crooner, mais son jeu, le moins qu'on puisse dire, laisse à désirer. Enfin, soulignons les arrangements modernes et percutants de Francis Collard, ainsi que l'excellente performance des musiciens.

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Collaborateur du Devoir

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