L'art de la métaphore du Trio Joubran

Les trois frères Joubran<br />
Photo: Festival international de jazz de Montréal Les trois frères Joubran

Originaires de Nazareth, les trois frères palestiniens furent les premiers à projeter trois ouds en avant. Leurs poèmes sonores sentent les restants d'obus, mais leurs cœurs continuent de croire. Ils sont tellement soudés qu'on peine parfois à entendre qu'ils sont trois. Demain soir à L'Astral, le Trio Joubran livrera, avec le percussionniste Yousef Hbeisch, le concert de Majâz, le formidable disque qu'il a fait paraître en 2008. «Majâz» signifie métaphore, et l'âme du regretté poète Mahmoud Darwich plane sur leur œuvre.

«Nous allons peut-être présenter quelques pièces accompagnées de sa voix, dit Adnan Joubran, le plus jeune de la fratrie. Pour nous, il est le deuxième nom du pays. Il nous a enseigné comment lire la musique d'une façon poétique, comment comprendre si une phrase musicale est blanche ou sombre, comment écouter les silences entre les notes comme il le faisait avec ses mots.»

Avant son décès, en août 2008, le poète des sans-voix avait dit aux trois frères: «En tant que musiciens, vous n'avez pas à être précis dans les mots que vous dites avec votre musique. Votre art est l'ombre de l'acception.» D'où l'importance de la métaphore, de l'écho sonore révélé dans la précision, la finesse, la pureté, la gravité, la tristesse et la passion du jeu des Joubran. En 2009, ils ont d'ailleurs réalisé le CD-DVD À l'ombre des mots, dont les compositions sont inspirées de l'homme de lettres et qui permettent d'entendre sa voix en arabe.

Puis, Samir, Wissam et Adnan ont lancé la musique originale du film Le Dernier Vol réalisé par Karim Dridi. Le film relate la colonisation française dans le Sahara algérien et pour la première fois, le trio a intégré des instruments occidentaux. Adnan explique ce choix: «Nous devions être fidèles au film sans perdre notre identité, mais nous ne voulions pas quelque chose d'orchestral. Nous avons donc essayé de trouver la solution avec trois violons et deux violoncelles. Nous ne pouvions pas faire d'harmonies puisque notre système musical n'en renferme pas. Les artistes occidentaux en ont créé. Ils jouaient dans un esprit très oriental, alors que nous demeurions ouverts à l'esprit occidental.»

Et jusqu'à quel point les trois frangins qui résident maintenant à Paris pourraient-ils aller dans ce sens? «Pour l'avenir, on étudie la possibilité de réaliser d'autres projets spéciaux. Aussi, le titre de notre prochain disque sera Asfar en arabe et As Far en anglais. Il révélera une grande influence du flamenco», explique Adnan Joubran. Ce flamenco qui a accompagné les Joubran, puisque l'idée même de la création du trio fut inspirée par l'écoute du trio de guitares composé par Al Di Meola, Paco de Lucia et John McLaughlin. Mais le Trio Joubran n'en conservera pas moins sa forte personnalité. «Oui, je suis Palestinien et fier de l'être, mais je veux présenter mon concert sans avoir de drapeau avec moi, même si dans ce concert, il y a la Palestine», conclut Adnan Joubran. Et dans l'artiste, il y a l'espoir.

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Collaborateur du Devoir

Le Trio Joubran: Majâz