La tête et le coeur à l'époque du capitalisme

Depuis le début de sa carrière, Paul Cargnello a toujours été profondément engagé.<br />
Photo: Alexandru Steau Depuis le début de sa carrière, Paul Cargnello a toujours été profondément engagé.

Jamais deux sans trois! L'Anglo-Montréalais Paul Cargnello vient de faire paraître un troisième disque consécutif chanté majoritairement en français. Après avoir fait un hommage à La Nouvelle-Orléans avec son précédent effort Bras coupé, le sympathique auteur-compositeur-interprète s'attarde sur La Course des loups à la vie personnelle et politique au temps du capitalisme.

Depuis le début de sa carrière, l'auteur d'Une rose noire a toujours été profondément engagé. Pour La Course des loups, il a d'ailleurs puisé son inspiration dans une phrase classique de Che Guevara, qui disait que le capitalisme «est la course des loups: celui qui y arrive ne le fait qu'au détriment de l'échec des autres».

«J'ai trouvé que c'était une phrase incroyable, raconte le guitariste. Avec le capitalisme vient une pauvreté financière, mais aussi émotionnelle. La vie amoureuse est plus difficile, tout est plus difficile.» Cargnello ne se fait pas moralisateur pour faire passer son message, mais prend plutôt le détour de saynètes (Bixi Bop) ou de textes aux propos plus poétiques. «Il y a quand même des traces de l'actualité. La pièce La Vérité n'existe plus, par exemple, vient d'un passage aux États-Unis où j'écoutais les nouvelles à CNN et à Fox. Je devenais tellement cynique, il y avait des mensonges partout. J'ai donc écrit la chanson en me basant sur ça, mais d'une façon poétique, pour que le message dure. Il faut que les prochaines générations écoutent et comprennent malgré le temps.»

Le premier extrait de La Course des loups, le titre Plus rien, montre un Cargnello plutôt pop et doux, à l'instar de certaines autres pièces du disque (Corbeau et Cygne, Ton vrai combat, Les Mains de Ramon). Mais le nouveau père de famille et son groupe proposent aussi quelques moments très énergiques, comme sur la pièce-titre. «Avec ce disque, j'essaie de trouver le pont entre le personnel et le politique, mais musicalement, j'essaie de trouver le pont entre The Clash et Al Green. J'aime l'agressivité, la révolte des Clash, mais j'aime aussi le côté smooth et dansant d'Al Green. Je voulais vraiment que les gens pensent et dansent en même temps.»

Le disque compte trois titres en anglais et dix en français. «J'avais des chansons qui flottaient dans un même univers, et la plupart étaient déjà écrites en français, explique Cargnello. Mais mon objectif dans le futur, c'est de faire des disques absolument bilingues. Moitié-moitié. Mais pour les subventions, chez les labels, les distributeurs, les magasins et les radios, ça ne marche pas comme ça. Dès que l'industrie est prête, moi je me lance.»