Claire Pelletier au Gesù - Une chanteuse heureuse

C'est maintenant, c'est ce soir au Gesù qu'il faut aller voir Claire Pelletier en spectacle. Pour la découvrir, si ce n'est fait. Pour se réjouir avec elle de la tournure de son tour de chant, si vous la suivez comme moi depuis le début des années 90 et le premier album d'après sa vie de choriste, le toujours émouvant Murmures d'histoire. Il se trouve en effet que ce spectacle-ci, celui de son album Six — oui, son sixième —, procure un bonheur rare dans la vie d'une chanteuse: le plein accomplissement.

Jamais Claire Pelletier n'a été à ce point Claire Pelletier qu'hier, au premier de ses deux soirs dans la plus noble salle en ville. Il y avait tout d'elle, tout ce qu'elle était déjà dans ses spectacles précédents, porteuse d'histoires, amoureuse de la terre et des mers, chanteuse au timbre d'exceptionnelle chaleur, et plus. Plus plus plus. Délestée de son bagage de contes et légendes et des arrangements électro-médiévaux parfois tellement denses qu'on la perdait dedans, une Claire Pelletier libre émergeait. Telle quelle. Musicienne trippeuse s'accompagnant à la basse, à la guitare électrique. Il fallait voir avec quel appétit d'enfant elle jouait avec son guzheng, grand machin chinois plein de cordes.

Tous les spectateurs profitaient hier de la Claire de proximité, la Claire à la bonne franquette pas démontée par les accrocs techniques de premier soir, dégênée enfin, qui avançait vers les gens au lieu de se cacher dans la forêt. Tous rencontraient avec ravissement la fille de groupe, extatique à l'idée de mêler sa voix à celle de trois choristes épatants. Oh que c'était beau ces voix, réinventant Le Vaisseau fantôme, se donnant a cappella dans Je demeure où l'amour loge de Vigneault, et même sans amplication dans la néo-trad Coton. Un régal. Pour elle comme pour nous.

C'était de la chanson de grande sophistication, bien sûr, son compagnon Pierre Duchesne et elle ont du prog dans les gênes et une culture musicale trop vaste pour ne pas s'en nourrir, mais c'était plus que jamais de la chanson accessible, au service de la chanteuse, parlant de ce que vit et ressent la chanteuse. Et la chanteuse, plus que jamais, était heureuse. Allez partagez cette joie.