Concerts classiques - Tchaïkovski butiné

Les exemples de reconversion de solistes devenus chefs abondent. Parfois pour le meilleur — Barenboïm, Ashkenazy — souvent pour le pire — Perlman, Domingo, Pletnev.

Comme Dmitri Sitkovetski remplaçait ce dernier, au fond, on ne risquait pas grand-chose. Allait-on pour autant avoir «la surprise du chef», comme avec Maxim Vengerov, la saison dernière?

En 14 ans, Sitkovetski en tant que chef n'a pas réussi à aller plus loin que l'Orchestre symphonique de Greensboro, en Caroline. On se disait qu'un clairvoyant à l'OSM avait perçu qu'il valait très nettement mieux que cela — rappelons au passage que l'OSM se considère comme l'un des meilleurs orchestres du monde; on peut donc imaginer qu'il recrute des chefs accordés à son standing supposé.

Il n'y a pas eu de surprise. Dmitri Sitkovetski est moins pire que John Adams et Peter Ruzicka et à peu près du niveau de Perlman et Domingo quand ils jouent aux chefs. La stratégie de ce type de reconvertis est de se créer une zone de confort par des tempos mesurés qui ne les exposent pas trop. Lorsque ce ronron est mis en danger, comme André Laplante ne s'est pas privé de le faire, c'est panique à bord. Les décalages des interventions orchestrales dans le 1er Concerto atteignaient presque le niveau de l'inénarrable tandem Paley-Ruzicka l'an dernier. Laplante, excellent, méritait mieux.

La 5e Symphonie fut archétypique du système: un tempo de sénateur, habité par le son le plus saturé, et le plus «américain», possible. Aucun allant, aucun risque, aucune tension, et deux premiers volets englués dans le miel. L'abeille Sitkovetski a butiné sa partition et nous avons entendu le énième Tchaïkovski aseptisé en quelques années à l'OSM.

Allez vous étonner, ensuite, grands édiles de l'orchestre vedette, que les gens se tournent vers Yannick Nézet-Séguin pour éprouver des frissons.