Spectacle - Le tango global de Gotan Project

À Montréal, Gotan Project se produira demain soir en septuor avec quelques nouveaux musiciens.<br />
Photo: Festival international de jazz de Montréal À Montréal, Gotan Project se produira demain soir en septuor avec quelques nouveaux musiciens.

Au début du millénaire, Gotan Project a créé la vague en renversant le tango, en l'adoucissant, en conservant son érotisme et sa sensualité, en lui donnant une allure électronique et en le faisant groover. Après un premier disque aux couleurs de dub et d'électro, un deuxième, plus organique, a ouvert la voie à Tango 3.0, le nouvel opus qui puise plus que jamais dans les racines panaméricaines. À l'aide de projections audiovisuelles, le groupe franco-suisse argentin vient offrir ses nouvelles compositions demain soir au Metropolis.

«Si le bandonéon, le langage du tango et la programmation constituent les dénominateurs communs de notre musique, notre raison d'être est toujours l'expérimentation et la recherche de nouveaux sons. Au début, on n'avait pas de référence et on ne voulait même pas former un groupe», affirme Eduardo Makaroff, le tanguero de la formation qui fut rapidement considérée comme le catalyseur mondial du tango electronico. Mais aujourd'hui, le terme ne convient plus: «Cela devient trop restrictif. Nous sommes plus motivés par toutes les nouvelles tendances électros qui créent des variantes locales dans le Nord comme dans le Sud. En Argentine, la nueva cumbia est très créative et nous nous en inspirons. Le baile funk brésilien est également un bon exemple de cela.» Gotan Project s'associe donc maintenant davantage au global beat.

Tango 3.0 est aussi marqué par la rencontre des cuivres et des vents. Si l'apport de ces instruments au tango est moins connu, Eduardo Makaroff tient à mettre les choses en contexte. «L'histoire du genre est très riche, et le bandonéon fut accompagné par la clarinette et la flûte. En plus, le grand Astor Piazzolla a travaillé avec le saxophoniste Gerry Mulligan et je connais des quatuors de saxophones qui interprètent du tango en Argentine.»

Dès les premières notes de Tango 3.0, des accents de trompette font pénétrer dans le monde du blues de La Nouvelle-Orléans. Le bandonéon mélancolique, les basses fréquences, les éclats de guitare et les voix échantillonnées rappellent toutefois les atmosphères de Gotan. Le parcours se poursuit avec la voix du poète Julio Cortazar accompagné par une chorale d'enfants, du tango dub aux paroles sociales, des tangos cancion syncopés en ska ou posés sur des ballades sensuelles, des effluves de zamba ou de chacarera argentines. On lorgne même vers le Nord, alors qu'un son de western spaghetti apparaît dans une atmosphère de panique et que des relents de country ou de disco ponctuent une milonga... panaméricaine.

À Montréal, Gotan se produit en septuor avec quelques nouveaux musiciens, dont une trompettiste qui joue également du violon à cornet, un instrument traditionnel du tango. Comme quoi les époques se fondent une fois de plus.

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Collaborateur du Devoir

Gotan Project - Tango Square