Claire Pelletier, la lumière dans l'ombre

Claire Pelletier se voit «comme un artisan de la chanson, pas une vedette».<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Claire Pelletier se voit «comme un artisan de la chanson, pas une vedette».
Question de nature des médias, propose-t-elle. «Que veux-tu? Je me vois comme un artisan de la chanson, pas une vedette. Je ne suis jamais à l'aise avec l'idée de vendre mon image. Me montrer, autrement que sur scène, ça ne me vient pas naturellement. Peut-être que je ne passe pas à la télé parce que je ne suis pas télé, fondamentalement. Ça n'empêche pas que la télé devrait faire une place aux artistes qui ne sont pas des vedettes de la télé.» Rien que dans la chanson, il faut bien le dire, les valeureux et valeureuses qui vivotent dans l'ombre du p'tit écran sont nombreux, toutes générations confondues.

«Je pense à Catherine Durand, pour qui ce n'est pas facile non plus de passer à la télé et qui a de la misère à vendre ses disques à cause de ça. Ça devrait être le mandat d'ARTV, me semble, de faire voir une Catherine Durand, au lieu de toujours repasser les mêmes vieilles émissions.» Point de salut sans télévision? «Moi, ma difficulté depuis toujours, c'est d'élargir mon public. Quand je les ai dans la salle, les gens, ça va. Généralement, quand ils sont venus une fois, ils reviennent. Et parlent de moi autour d'eux. Mais le bouche à oreille ne suffit pas. Franchement, depuis que je suis ma propre productrice [après moult histoires d'horreur à diverses enseignes], je bataille pour me maintenir la tête hors de l'eau.»

L'interprète au superlatif

De quoi rager, se dit-on. Mais non, elle sourit. Ni béatement ni tristement. Elle a le bonheur chevillé au corps, cette femme. Quel sort injuste, tout de même! Je prêche ici aux convertis: qui me lit le moindrement souvent sait que je tiens Claire Pelletier en très haute estime. Cette voix qui étreint, emporte et transporte, ces notes incroyablement pures et bienfaisantes, l'art qu'elle a de n'en faire jamais trop, c'est l'interprète au superlatif. Je le répète: Claire Pelletier est depuis vingt ans notre Monique Leyrac. Je dis toujours Monique Leyrac parce qu'elle a souvent chanté La Manikoutai, immortelle de Vigneault créée par Leyrac. Seule Claire soutient la comparaison. Je le lui dis. Elle sourit encore. Puits de lumière dans le café.

«Tu vas être content du nouveau show, je pense. On l'a fait l'autre jour à Magog, on est sortis exaltés. Avec Pierre [Duchesne, son compagnon et proche collaborateur], on est un peu fous, on s'est payé trois choristes, c'est tellement agréable les harmonies! Ce n'est pas le show de reprises d'immortelles que tu veux toujours que je fasse, mais c'est de la chanson. J'ai mis les légendes et les histoires médiévales de côté.» C'était pas mon truc, le destin d'Hildegarde de Bingen, pas mon truc non plus le mélange d'instruments anciens et d'électro: je trouvais néanmoins admirable leur passion. «C'est ça qui nous tient. On a encore le feu sacré.»

De la chanson, donc. Surtout celles du dernier album, le très accessible Six. «Avec mes différents paroliers, on a essayé de faire parler Claire Pelletier de Claire Pelletier. Ce qui n'est pas évident pour moi. Mais j'ai des préoccupations. Des inquiétudes. Des indignations. Des désirs, aussi. J'ai fini par me dire que ça valait la peine d'être dit, tout ça.» Dans Quelqu'un ici, l'appel est clair, l'appel est... Claire: «Dis, est-ce qu'il y a quelqu'un ici? / Derrière les écrans / Y a-t-il quelqu'un qui m'entend?»

Allez, faites-moi plaisir, pour le 20e anniversaire de mon premier papier dans Le Devoir, remplissez-lui le Gesù demain et mercredi. Claire Pelletier y sera lumineuse, vous en serez inondés, et vous n'aurez pas la grippe cet hiver.