Le Ring vu par Lepage au Metropolitan Opera - Les coulisses d'un dispositif hors normes

Lorsque le dispositif scénique créé par Ex Machina, dans les ateliers de Varennes, pour Der Ring des Nibelungen de Wagner est arrivé au Metropolitan Opera, fin juillet, les techniciens ont craint que la scène ne vienne à s'écrouler. Les combles ont dû être renforcés pour soutenir le dispositif dont le poids est estimé à 45 tonnes.

En entrevue au Devoir, Bernard Gilbert, directeur de production, précise que ce sont surtout les deux tours latérales qui concentrent une grosse partie du poids et suscitaient des craintes. Ces tours pilotent un axe qui relie 24 pales. Le système hydraulique qui commande cela est logé à 11 mètres sous la scène avec une cabine d'isolation afin que le niveau de bruit du décor ne soit pas supérieur aux normes habituelles.

Dans l'élaboration du spectacle, l'idée du décor unique s'est imposée très tôt, dès l'automne 2006. «Robert Lepage et le scénographe Carl Fillion se sont rencontrés à Vancouver au printemps 2007. C'est là qu'ils ont eu cette idée d'une série de pales alignées sur un axe», raconte Bernard Gilbert. La viabilité du concept puis le nombre de pales ont été testés sur des maquettes au 1/5e.

«En parallèle, nous avons lancé des études d'ingénierie fort longues, avec trois firmes d'ingénieurs. En juin 2009, nous avons eu la confirmation que tout fonctionnait. Les questions de poids ont surgi de manière imprévue à la fin 2009», précise Bernard Gilbert.

Un système hydraulique

Tout le système utilisé pour les quatre opéras du Ring de Wagner est entièrement nouveau. Comme l'explique M. Gilbert, l'élément principal est un système hydraulique capable de gérer des masses importantes et peut élever l'axe d'environ cinq mètres (les pales font près de 9 mètres). Ce même système peut opérer des rotations jusqu'à 230 degrés (deux tiers de tours). Un logiciel permet de freiner chacune des 24 pales à n'importe quel moment. Mais ce n'est pas tout... Pour gérer l'ensemble des mouvements, il faut aussi des opérations manuelles.

«Prenez l'apparition des géants. Il faut que 18 pales soient fixes dans un angle précis, mais il faut en faire bouger quatre pour faire apparaître les géants. Les pales qui servent à cela doivent être opérées manuellement, car, à ce moment, les 18 autres sont fixes et donc sur les freins. Il a fallu réaliser des études sur les maquettes puis en format réel à Varennes en mars et avril derniers pour décomposer chacun des mouvements, calculer la longueur des cordes, le nombre des machinistes, le moment de fixer les cordes», raconte Bernard Gilbert. Dans Das Rheingold, les quatre scènes sont dépeintes en 14 tableaux (ou moments) ainsi cernés par une étude technique pointue.

À cela se superpose un système vidéo utilisant des procédés comme le «tracking infrarouge» ou l'utilisation du son comme vecteur d'évolution d'images, au plus haut degré de sophistication puisque le décor est en mouvement et que les projections doivent suivre ces évolutions de configuration.

Et la musique dans tout ça? Réponse ce soir.