Verdi ouvre la saison de l'Opéra de Montréal

À la cour du duc de Mantoue, la fête est permanente...<br />
Photo: Yves Renaud À la cour du duc de Mantoue, la fête est permanente...

C'est avec Rigoletto de Giuseppe Verdi que l'Opéra de Montréal entamera, demain soir, sa 31e saison. La production, traditionnelle, nous vient de l'Opéra de San Diego et le rôle-titre sera interprété par l'Anglais Anthony Michaels-Moore.

L'Opéra de Montréal a retenu la leçon de La Fanciulla del West de Puccini il y a deux ans. L'ouvrage méconnu de Puccini avait été loin de remplir la salle, confirmant l'adage qu'une saison se doit de débuter par un opéra réputé. L'institution montréalaise n'a pas abdiqué dans sa réhabilitation d'opéras moins populaires, mais ceux-ci — à l'image de Roberto Devereux de Donizetti, en novembre — se nichent désormais au coeur de la saison.

Rigoletto (1851) est parfois considéré comme le premier maillon d'une trilogie (factice) de Verdi (1813-1901) au sein de laquelle on lui associe Le Trouvère et La Traviata, composés juste après. L'opéra dérive d'une pièce de Victor Hugo, Le Roi s'amuse (1832) vilipendée et jugée immorale parce qu'un roi de France — François 1er — avait été dépeint comme libidineux. On rappellera que dans la période 1814-1848, la monarchie avait été restaurée en France.

Verdi transposa l'action à la cour du duc de Mantoue, inspiré par le personnage de Vincent 1er de Gonzague, protecteur de Monteverdi, collectionneur d'art et d'aventures. Le bouffon de la cour s'appelait Triboulet chez Hugo. D'abord italianisé en Triboletto, il devint Rigoletto, patronyme qui servit ensuite à incarner un ouvrage initialement intitulé La Malédiction de Saint-Vallier.

Maudit bossu

À la cour du duc de Mantoue, la fête est permanente. Le bouffon bossu Rigoletto distrait le duc volage, sorte de Don Juan toujours en quête d'une nouvelle femme. Un soir, le duc est un peu trop entreprenant avec la comtesse Ceprano, au nez et à la barbe de son mari. Le comte veut se venger et décide que Rigoletto ferait un bon objet de sa vengeance. Survient alors un autre comte, Monterone (alias Saint-Vallier chez Hugo), dont la fille avait été honorée — et, donc, déshonorée — par le duc. Rigoletto se moque de Monterone, qui le maudit.

L'agneau sacrifié sur l'autel de la malédiction s'appelle Gilda. Elle est la fille de Rigoletto et ce dernier la cache en ville pour lui épargner la débauche de la vie à la cour. Gilda est un point de convergence de l'intrigue. Non seulement elle est le «secret» de Rigoletto. Comme c'est une beauté, le duc l'a remarquée et, pour la séduire, se déguise en étudiant. Par ailleurs, les ennemis de Rigoletto, qui ne sont pas au courant de sa paternité, sont persuadés que cette Gilda est sa maîtresse et l'enlèvent.

Au palais, le duc se lamente et Rigoletto n'a plus envie de rire. Le duc retrouve sa joie de vivre quand on vient lui livrer la belle prise. Quand il retrouve Gilda, Rigoletto est heureux, mais très brièvement, car il l'entend dire qu'elle est amoureuse du duc. Il jure alors de se venger.

Rigoletto engage un tueur à gages nommé Sparafucile, qui a la voix de Joseph Rouleau. Mais le maudit bossu n'a pas de chance: la soeur de Sparafucile, l'aubergiste Maddalena, est folle amoureuse du duc, qui vient la rejoindre nuitamment dans son auberge. Pour épargner son cher amant, Maddalena propose à Sparafucile de tuer le premier venu. Et ce «premier venu», c'est Gilda. Au moment où Rigoletto reçoit sa livraison dans un gros sac de jute, il entend le duc chanter au loin. Ouvrant le sac, il découvre sa fille mourante. Il chante alors «ô ma fille». Et elle chante «ô mon père», prouvant une fois de plus qu'à l'opéra, on peut mourir en chantant.

Ce sera la cinquième présentation de Rigoletto à l'Opéra Montréal depuis les débuts de la compagnie. La dernière fois, c'était en février 2003 avec Marc Hervieux en duc et Lyne Fortin en Gilda. François Racine mettra en scène le nouveau spectacle.