Jonathan Painchaud au Club Soda - Buzz Lightyear à la rescousse

Qu'on se le dise, ou alors je le répéterai jusqu'à ce qu'on se le dise: cette pièce d'homme vaut le détour. À cause de l'homme, plus que la pièce d'homme. Jonathan Painchaud fait forte impression physiquement, mais aussi émotivement: il touche les cordes sensibles autant qu'il martèle sa guitare avec ses bras de culturiste. Je le constatais à la première montréalaise du spectacle de l'album La Dernière des arcades, mardi soir au Soda, comme je le constatais la fois d'avant pour l'album d'avant au théâtre Olympia: il faut aller constater. Ce type gagne à être connu en dedans comme en dehors, et c'est sur scène qu'il se révèle de bord en bord.

Permettez les comparaisons, c'est sa propre (savoureuse) chanson Bruce Lee vs. Chuck Norris qui m'y encourage, Jonathan Painchaud est un film d'action avec du contenu: un Bruce Willis introspectif, un Stallone articulé, un Buzz Lightyear à la rescousse. Oui, Buzz Lightyear, le jouet rétro-futuriste de la série des Toy Story: il a exactement la même mâchoire quand il sourit à pleines dents. Il est aussi tout ce qu'il a été: un ti-cul des Îles-de-la-Madeleine, un chanteur de rues du Vieux-Québec, l'un des frères d'Okoumé, et un trentenaire de la génération Pac-Man.

Qui se pose des questions sur sa condition de trentenaire vivant en banlieue (Toujours rebelle), évoque ses «vieux chums» pour les célébrer (Les Vieux Chums) autant que pour leur botter le derrière (Si t'es vivant), revendique sa culture de trentenaire pas branché et fier de ne pas l'être (La Dernière des arcades). Il fallait voir mardi les projections de jeux vidéo première époque, spectaculaire fond de scène qui élevait Donkey Kong au rang d'icône.

Sa manière est loin de la manière d'un Yann Perreau ou d'un Pierre Lapointe. Son affaire n'est pas non plus le road movie d'un Vallières. Jonathan Painchaud, ni boomer ni antiboomer, ni précurseur ni loser splendide à la Beck, est tout simplement et tout bonnement et tout sincèrement un créateur de chansons pop-rock sans fard mais qui ont de la gueule, avec des refrains qui ont du répondant, et des histoires pas toujours sympathiques qui ont le très grand mérite de ne pas s'enfarger dans les fleurs du tapis. Acteur et narrateur d'une génération qui a eu le malheur de grandir dans le vide de l'après-référendum, il offre en preuve ce vide comme une riche matière, pour peu qu'on y regarde de plus près.

Mardi soir, il a extirpé de ces années 1980 mal-aimées deux formidables chansons d'autrui, d'abord Illégal de Corbeau, avec «la seule, l'unique, notre Marjo» (en exceptionnelle forme) pour la raviver, et puis la rentre-dedans Beds Are Burning de Midnight Oil. Tout son show, et pas seulement ces deux ressuscitées exaltantes, était démonstration d'existence digne d'exister. Avec sa nostalgie propre, ses héros musclés, ses jeux vidéo primitifs et ses convictions pas moins fortes que les convictions des autres. Gare à ceux qui oseront forer du gaz de schiste dans les Îles de son enfance. Bruce, Chuck et Buzz les attendent.