Prendre conscience de l'éphémère

Des fantômes, des étoiles est l’occasion de voir un Belliard franchement plus proche de lui-même.<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Des fantômes, des étoiles est l’occasion de voir un Belliard franchement plus proche de lui-même.
Après un premier opus très confidentiel au tournant du millénaire, Alexandre Belliard a laissé sa marque chez les Québécois avec ses disques Piège à con (2005) et Demain... la peur (2007), alors qu'on découvrait un chanteur passionné de poésie, inspiré par la chanson française, capable de belles mélodies.

Des fantômes, des étoiles, réalisé par Éric Goulet (Les Chiens, Monsieur Mono), est l'occasion de voir un Belliard franchement plus proche de lui-même que de ce qui l'entoure. «Quelques semaines après la mort de mon grand-père, ma grand-mère a suivi aussi, raconte le chanteur deux fois papa. C'étaient mes premiers contacts avec ce genre d'émotions là. Ça m'a amené une nouvelle réalité, j'ai pris conscience qu'il y avait une ligne du temps et que je marchais dessus.»

Les chansons ont ensuite déboulé. La première écrite par Alexandre Belliard, L'Immortalité, ferme l'album. «J'ai rêvé d'immortalité / j'ai du mal à réaliser / Que je ne te verrai plus.» «C'est ma préférée de l'album, c'est la pierre d'assise de ce disque.» Naît ensuite Thôt, oublie-moi, où le passionné de mythologie demande un peu de répit au dieu de la mesure du temps. La Complainte d'outre-tombe raconte l'histoire d'un fantôme qui serait bien resté en vie, tandis que Marie-les-ombres rend hommage à la poète Marie Uguay, morte à 26 ans au début des années 1980. «C'est jeune pour l'oeuvre qu'elle a laissée, une oeuvre majeure au Québec.»

Duo

Le trépas a beau être en trame de fond, on n'écoute pas Des fantômes, des étoiles recroquevillé dans un coin sombre. «Ce n'est pas un manifeste contre la mort, c'est juste un processus de guérison, précise Belliard. Même qu'au-delà de la mort, il y a aussi beaucoup l'idée de couple qui est présente.» Celui formé par ses grands-parents, d'abord, puis le sien. Sa conjointe, l'artiste Emmanuelle Bressan, a d'ailleurs signé la toile que l'on retrouve sur le disque. Belliard lui chante Et toi et moi, qui met en vedette une panoplie de duos en tout genre, de Rimbaud et Verlaine à Pamela et Tommy.

«Même dans Je refuse de grandir, mon adaptation d'I Don't Wanna Grow Up de Tom Waits, il y a la notion de couple. Ce n'est pas une chanson d'amour, mais une pièce qu'il a faite avec sa femme», Kathleen Brennan.

Parlant de duo, Alexandre Belliard a travaillé avec un allié de taille, Éric Goulet, qui a joué pratiquement tous les instruments sur l'album. Leur union devait d'abord se faire pour un projet de disque de reprises de Renaud, mais la paire a plutôt décidé de bosser d'abord sur les nouvelles compositions de Belliard. Ensemble, ils ont livré un disque qui a certes la touche du réalisateur de Vincent Vallières, d'Alexandre Champigny et de Yann Perreau, mais où Belliard ne perd pas son ton personnel. «C'était comme quand un enfant apprend à faire de la bicyclette. Tu enlèves les petites roues, mais tu tiens le banc en arrière au cas où! Éric te laisse aller, il te donne des directives, et si ça dérape, il te reprend.»

Alexandre Belliard sera sur la microscène du P'tit Bar, à Montréal, les lundis de septembre, avant de prendre la route pour une vingtaine de dates un peu partout au Québec en version duo. «C'est un concert avec les chansons presque telles qu'elles ont été faites. Ça va être un bon spectacle pour révéler l'essence du disque.»