Sir Paul McCartney au Centre Bell: ces épaules qui portent tout, allègrement

Paul McCartney a triomphé hier au Centre Bell
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Paul McCartney a triomphé hier au Centre Bell

Ram On. Oui oh oui oh oui oh oui. Ram On. Il a joué Ram On jeudi soir au Centre Bell. Vrai comme je vous le dis, Sir Paul McCartney, juste avant son hommage à George Harrison, a signalé qu’il allait répondre à une demande spéciale et la demande spéciale était Ram On. Et il l’a jouée, au ukulélé. Pour la première fois en Amérique du Nord. Je n’irai pas jusqu’à penser que j’ai à voir là-dedans, que la pancarte brandie au parterre avec Ram On dessus était brandie parce que j’avais ardemment souhaité en ces pages samedi dernier que quelqu’un au parterre en brandisse une dans la face de Paul. N’empêche. Merci pour la pancarte, qui que vous soyez.

Dire que j’étais extatique est peu dire. J’ai crié comme un perdu, tout seul dans ma rangée: il faut préciser qu’au mot «request», je savais. Je savais même avant, car je pouvais lire Ram On à l’envers sur le carton mince, d’où j’étais. Quand Paul, après avoir expliqué avec un brin d’impatience aux gens que toutes ces pancartes à lire, à la fin, ça peut vous déranger un gars qui essaie de chanter en se souvenant à la fois des paroles et des accords, a lancé ces mots en direction de la pancarte avec Ram On dessus: «Later! Later! I’ll play it!», j’ai eu comme un pressentiment. 


Et puis ça s’est vérifié. La joie, bon sang! Le bonheur, sang et tripes! J’étais comme cette jeune fille qui réclamait sur sa pancarte à elle un autographe sur le bras (histoire de se le tatouer pour l’éternité) et qui l’a obtenu. Elle sautait sur scène, la dénommée Jessica, belle à voir dans l’incroyable réalité de son vœu exaucé par Paul McCartney, décidément beau joueur jeudi soir. C’était un soir comme ça en vérité, un soir où l’on avait le droit de vouloir Ram On ou un tatouage, où chanter à tue-tête était permis et encouragé, où des gens de tous âges pouvaient sans embarras éclater en sanglots et vivre pleinement leur amour pour ces chansons et exprimer tout aussi pleinement leur reconnaissance envers cet homme tout bonnement génial qui les a créées. Et qui les recrée aussi formidablement, à 68 ans, bon sang de bon sang!


J’ai déjà écrit, à la suite d’un autre spectacle de McCartney, vu à Toronto au début des années 90, qu’il s’appropriait indûment les Beatles à lui tout seul. J’avais tort. J’ai compris jeudi soir que les Beatles, il les a en lui et les porte. Fièrement. Dignement. Avec superbe et panache. Il porte John Lennon quand il chante Here Today puis A Day In The Life avec Give Peace A Chance en finale, porte George Harrison quand il donne Something au ukulélé, puis avec tout l’orchestre. Il porte aussi sa Linda, l’amour de sa vie, victime du cancer comme George, quand il reprend My Love à son intention. Il fallait entendre les ovations dans ces moments-là: cathartiques, rien de moins, chacun vivant ses propres deuils à travers ceux-là. Faut être fait fort pour réveiller ainsi ses morts à chaque spectacle. Chapeau.
 

L’Oeuvre maîtresse 

Que dire d’autre de ce spectacle de trois heures sans entracte — quelle santé extraordinaire, ce Paul: il n’a même pas besoin de s’abreuver... —, quoi faire d’autre que fournir la liste des chansons? Ça parle tout seul. On peut établir des statistiques, à la limite. Sept des onze premiers titres provenaient du répertoire des années Wings: l’intro Venus And Mars / Rockshow, Jet, Letting Go, Let Me Roll It, Nineteen Hundred And Eighty Five, Let ‘Em In, My Love. D’autres émailleront la suite: Mrs. Vanderbilt, Band On The Run, Live And Let Die. C’est beaucoup. Ce n’est pourtant pas trop: bien au contraire, ces chansons resplendissaient à côté des consacrées des Beatles, et prenaient ainsi leur juste place dans l’oeuvre maîtresse de McCartney. 


Combien de chansons des Beatles, justement? Vingt-trois au total. Toutes imparables, comme de raison. Symboliquement, Paul a joué All My Loving pour commencer, comme au premier Ed Sullivan Show. Et puis il a offert The Long And Winding Road, telle la préface d’un livre aux nombreux chapitres. Comme pour annoncer qu’on va se promener longtemps dans le catalogue, le plus riche qui soit dans l’histoire de la musique populaire. Sans l’épuiser: songez que dans le spectacle de la tournée Up And Coming, McCartney n’interprète ni For No One, ni Here, There And Everywhere, ni The Fool On The Hill, ni Hello Goodbye, etc. Je pourrais continuer.

Les élues sont arrivées par salves dans le spectacle, idéalement agencées: les acoustiques (I’ve Just Seen A Face, And I Love Her, Michelle — rien que pour nous et Michelle Obama! —, Blackbird), les rock’n’roll (Day Tripper, Lady Madonna, Get Back), les festives (Ob-La-Di, Ob-La-Da), les heavy metal (Helter Skelter, Sgt. Peppers), les ballades au piano ( Let It Be, Hey Jude). L’effet est cumulatif: on a à peine le temps d’absorber I’ve Got A Feeling que Paul démarre Paperback Writer. À la fin, on est plus fatigués que lui. 

Eh! Ça draîne son monde, une soirée avec une ovation de fin de spectacle aux dix minutes. On est charriés, chamboulés, les émotions se bousculent. On chante, on pleure, on danse, on s’amuse, on célèbre, ça n’arrête pas. Et McCartney, dans ses bretelles et ses bottes cubaines, assume tout, allègrement. Pas de problème. Il chante, danse, s’amuse, lève au ciel sa basse-violon Hofner modèle 500/1 de 1963 comme un trophée, est visiblement ému parfois. Célèbre, lui aussi. Ces Beatles, ces Wings, nous les partageons, lui et nous. Nous avons eu une vie ensemble. Ça compte. C’est important. C’est pourquoi les versions sont tellement réussies, les musiciens tellements aguerris (ce batteur, quel Yéti!), les 16 993 spectateurs tellement heureux: Paul vivant, comprend-on, les chansons dont il est le dépositaire et le responsable ne seront jamais desservies. Ram On, Paul McCartney!

10 commentaires
  • Knodine - Inscrit 13 août 2010 09 h 05

    Beaucoup d'émotions!

    Merci M. Cormier pour ce beau texte!
    Rien qu'en le lisant je fus toute émotionnée et j'ai ressenti le bonheur et la joie qui s'en dégageaient.

  • Emilie-Jeanne Morin - Inscrit 13 août 2010 10 h 27

    Je suis Emilie-Jeanne Morin la cause première de Ram On!

    Bonjour Mr. Cormier, très contente de savoir que vous avez aimer son interprétation de Ram On parce que c'est une de mes préfèré aussi :)

    J'ai préparé une pancarte juste avant le spectacle pour donner à mon père et ma mère qui eux étaient 6em rangé et moi 26em donc selon moi Paul avait plus de chance de voir mon affaiche avec eux.

    Donc, mon affiche disait : Paul, please sing Ram On for my daughter Emilie, She's in row 26th.

    J'en avait préparé une deuxième qui disait : Please bring her on stage to sing Ram On with you, mais celle si il n'a pas du la voir.

    Mais on a bien compris a la fin de la chanson qu'il me la dédiait, il a mentionner mon nom devant la foule du centre bell, this song was for Emilie, et j'était cette Emilie.

    Donc, voila ce qui en est pour cette chanson, j'ai beaucoup pleurer, c'était incroyable!

  • Claire Latraverse - Abonnée 13 août 2010 10 h 43

    Paul, le Géant

    Cher Sylvain,

    Peut-on témoigner plus d'ardeur et d'enthousiasme que tu en témoignes dans ton billet? Je ne crois pas. J'ai reconnu là ton inimitable façon d'exprimer tes passions. Ça surabonde, littéralement!
    Je te lis souvent, mais cette fois-ci j'ai eu envie de te dire : Bravo!

    D'une ancienne comparse d'université,
    Claire Latraverse

  • Joël Paquin - Abonné 13 août 2010 12 h 25

    Obladi


    Superbe spectacle. Je l'avais vu à NYC en 2008 mais celui d'hier était meilleur à mon goût (plus petit, encore meilleur choix de tounes).

    Fallait voir la bines de Paul à la fin de Obladi-Oblada, fier de son coup. Car il s'amuse beaucoup, Sir Paul. Et nous aussi.

    En effet, Ram On, Paul!

  • Yvan Giguere - Inscrit 13 août 2010 12 h 46

    Paul McCartney, parmi nous!

    Paul McCartney, parmi nous!

    L'homme est un souffle de bonheur. Sa musique est fraternelle
    et rassembleuse. Le musicien est un homme heureux, un grand enfant qui vient
    à nous pour célébrer la vie. Un génie de la musique pop mais un être
    simple qui s'amuse sur la portée des jours. Il était déjà une légende à
    30 ans avec ses amis John, Ringo et Georges. Debout et bien ancré
    dans la vie, avec sa voix si distinctive qui porte ses mots, McCartney
    fait du bien à notre Monde. Merci Sir Paul d'être encore présent
    parmi nous. Merci de célébrer la vie de si belle façon depuis près de 50 ans.
    Yvan Giguère
    Saguenay