Concerts classiques - L'OSM expédie les affaires courantes à Lanaudière

Isabelle Faust a transformé le Concerto pour violon de Brahms en origami.
Photo: Festival de Lanaudière Isabelle Faust a transformé le Concerto pour violon de Brahms en origami.
Retour au labeur et immédiate surcharge de travail expliquaient peut-être aussi la musique professionnelle mais plan-plan qu'on a entendue lors de cette soirée de vendredi, juste assez bonne pour que le touriste enthousiaste ne se rende compte de rien, mais trop insignifiante pour que le mélomane y trouve son compte.

Je ne connais pas les habitudes du public de Lanaudière: va-t-il à un ou deux concerts, ou en voit-il davantage? Si c'est le dernier cas de figure, qu'ont pensé vendredi, en leur for intérieur, ceux qui ont entendu les concerts du Symphonique de Pittsburgh ou de la Deutsche Kammerphilharmonie? Au Devoir, nous avons un très beau site Internet qui vous permet de réagir à nos articles. Vos témoignages à ce sujet sont les bienvenus...

En concert à l'amphithéâtre Fernand-Lindsay, Manfred Honeck et sa troupe de Pittsburgh nous avaient régalés avec un festival de couleurs (ah! l'inoubliable pupitre de cors, les percussions mordantes, les cordes moelleuses...). Une semaine plus tard, Paavo Järvi et ses amis allemands avaient alimenté Schumann avec des nuances millimétrées, des accents nets et des phrasés aux arêtes vives. Les deux événements étaient manifestement archiprémédités et préparés, et ils reposaient sur des concepts esthétiques et musicaux forts.

Dans ce contexte, le même amphithéâtre était (si tant est que le public se recoupe), pour l'OSM et Kent Nagano, un cadre mal choisi pour une séance de lecture et d'expédition des affaires courantes, sorte d'équivalent musical de la restauration rapide.

On le répète, c'était très professionnel. Mais cette expertise confortable ne suffisait évidemment pas pour rendre la tension de la 10e Symphonie de Chostakovitch. Les atmosphères nées de quelques pizzicatos arrachés à la fin du 1er mouvement n'ont pas connu beaucoup de lendemains, à part la splendide extinction du 3e volet, avec tenue de cor en sourdine sur laquelle vinrent claquer sèchement flûte et piccolo. Personne n'est sorti de sa zone de confort. Or cette symphonie ne demande que cela.

En première partie, Isabelle Faust interprétait le Concerto pour violon de Brahms. Après la porcelaine d'Hilary Hahn dans Beethoven une semaine avant, on était dans les miniatures asiatiques du genre origami. Isabelle Faust apparaît comme une musicienne d'une intelligence plus perçante que sa collègue américaine, comme en témoigne la netteté rythmique de sa prestation et son inventivité sonore entre le petit et l'infiniment petit.

Ne me demandez pas pourquoi elle joue Brahms: le son est trop mince, la corde de sol mate et peu résonante. Je finis par me lasser de ces Brahms et Beethoven effleurés. Pendant quarante minutes, j'ai rêvé d'un interprète avec une vraie assise sonore, genre Vadim Gluzman, que l'on ne voit jamais à Montréal.

Pour qui s'étonnait de cette horrible cadence du 1er mouvement, qui rompait toute la magie du retour de l'orchestre, elle est de Busoni. La légende ne nous dit pas ce qu'il avait bu, fumé ou mangé avant d'écrire une atrocité pareille.

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