Concerts classiques - Les bienfaits de la culture

L’Orchestre symphonique de Pittsburgh sous la direction de Manfred Honeck.<br />
Photo: Baptiste Grison/Festival de Lanaudière L’Orchestre symphonique de Pittsburgh sous la direction de Manfred Honeck.

Les organisateurs du Festival de Lanaudière avaient eu la bonne idée, samedi, de programmer un second rendez-vous avec l'Orchestre symphonique de Pittsburgh et Manfred Honeck. Cette grande et inoubliable soirée fut pleine d'enseignements. Voyons d'abord ce qui s'est passé.

Honeck et ses troupes entament le concert avec un patient prélude de Lohengrin, qui frappe davantage par le dosage très subtil des instruments que par le souffle lyrique de la grande ligne. Don Juan de Strauss lance véritablement l'action, mettant une nouvelle fois en valeur la générosité sonore d'un pupitre de cors d'exception et des bois qui, dès qu'il le faut, jouent pavillon haut pour mieux projeter le son. La violence de la passion du héros est rendue avec mordant et la lecture polyphonique de la partition brillante. Les cuivres prennent de la noirceur à l'approche de la mort et les derniers soupirs de l'agonie finale sont rendus grinçants par des effets de cordes sul ponticello, dont le son glacé fait froid dans le dos.

La symphonie de Mahler repose sur la même clarté, la même force expressive des bois et des cuivres. L'Orchestre de Pittsburgh n'est pas une machine américaine clinquante: son principal atout est de témoigner d'une culture sonore qui allie les atouts de fermeté et de puissance des orchestres du continent et des couleurs qui pourraient provenir d'Europe centrale. Je me suis maintes fois, samedi, remémoré des teintes agrestes que j'avais entendues dans cette symphonie par la Philharmonie tchèque sous la direction de Vaclav Neumann il y a environ 25 ans à Paris.

Le 2e mouvement, le plus paysan, est un vrai manifeste, tant sur ce point que sur la manière de respirer la musique. Honeck, qui fait lever les cors à la fin, comme Mahler le demande, a une conception affirmée de la manière de jouer les glissandos (jamais exagérés) et les retours au calme (accentués, eux). Sa lecture de la Symphonie Titan est spectaculaire mais jamais gratuite.

Cela nous amène à soulever bien des questions sur le «business» de la musique, Honeck restant un chef largement inconnu. Loin des paillettes et des fausses valeurs — que tentent d'imposer en coulisses les officines d'artistes du tout-puissant axe Londres-New York à des administrateurs artistiques d'orchestre de plus en plus acculturés, dénués d'idées et influencés par la mode —, il reste de grands artistes dont l'art repose sur une vraie culture générale, sonore et musicale et des exigences élevées.

L'enjeu de la musique classique dans les vingt ou trente prochaines années est de préserver l'éminence de ces artistes, de déterminer, entre la machine marketing et les spectateurs et critiques, qui a le pouvoir. Il faut refaire de Manfred Honeck et ses véritables pairs nos héros musicaux. Le pouvoir du public est de remplir les salles. C'est pour cela surtout que les trop nombreux sièges vides samedi m'ont attristé. Même si la chaleur des présents a compensé l'absence des autres, il aurait été souhaitable d'avoir davantage de témoins de ce qui s'est passé à l'amphithéâtre Fernand-Lindsay. Il faut soutenir les organisateurs (ici comme au Domaine Forget qui n'arrivait pas à remplir une salle pour le baryton Matthias Goerne) lorsqu'ils ont le courage de privilégier la qualité à la facilité.
4 commentaires
  • Stéphane Martineau - Abonné 26 juillet 2010 09 h 45

    La musique classique

    Bel article, réflexion pertinente...la musique classique ne peut vivre que si elle possède un public cultivé (oh, le gros mot, interdit de nos jours) ...Or, ce public justement se fait rare... En partie parce qu'on ne fome plus de public....En effet, où éduque-t-on les enfants à la musique classique ? En dehors des programmes spéciaux et des conservatoires, la musique classique est absente pour nos jeunes (même Radio-Canada l'a en grande partie abandonnée)....Sans tomber dans la glorification du passé, je souligne que que lorsque j'étais jeune les histoires des dessins animés étaient rythmées par la musique de Wagner, de Tchaikovsky, de Beethoven...Aujourd'hui, les dessins animés (que mes 2 jeunes gaçons regardent) sont plombés par du rock. Nos sociétés «vendues» au marché ne jurent plus que sur les «produits culturels» faciles, rapidements obsolètes (ce qui facilite le cycle de la consommation). L'avenir n'est pas rose pour la grande musique ! Et se n'est pas en travestissant les artistes classiques en pop stars qu'on va créer un public à même d'apprécier cette musique.
    Quelqu'un a une solution ?

  • Jacques Lalonde - Inscrit 26 juillet 2010 11 h 02

    Réflexions d'une portée universelle

    Vous écrivez : "Il reste de grands artistes dont l'art repose sur une vraie culture générale".

    On peut déplorer la carence de culture générale dans notre société. Cette constatation s'impose de façon universelle. Quelle place accorde-t-on à la culture générale à l'école, au CEGEP, à l'université ? Chaque jour le secteur de la culture est fragilisé par des administrations qui délaissent les artistes. Une maison d'édition met la clef dans la porte faute d'appui. On ne parle plus de la culture et de l'art mais d'industries culturelles animées par le marketing tapageur. Affirmer cela c'est se faire qualifier d'observateur dépassé et nostalgique du passé. On dira ou écrira ce qu'on veut, mais la question demeure comme un défi pour le monde de l'éducation.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

  • Jean-Pierre Audet - Inscrit 27 juillet 2010 11 h 04

    Je verrai ce soir


    L'Orchestre symphonique de Montréal donnera un concert en plein air au Parc Maisonneuve ce soir. J'ai hâte de voir s'il y aura un public nombreux au rendez-vous. Il est vrai que le choix musical sera plutôt léger et accessible à un grand nombre.

    Oui la grande musique classique perd du terrain un peu partout au monde, avec cette culture du clinquant qui est en train de rendre nos enfants hyperactifs et en déficit d'attention à l'école trop peu stimulante à leur goût. Comment pourront-ils, plus grands, entrer dans une grande œuvre musicale qui demande beaucoup de concentration ?

  • Gaétan Sirois - Abonné 27 juillet 2010 11 h 12

    Le public à tout prix

    Nous récoltons ce que nous avons semé; à force de nous dire «toutes les musiques» comme si elles se valaient toutes, on récolte un public qui cherche le connu et la facilité. Qu'offre-t-on à l'oreille du public à la SRC ? De la musique à consommer, il est rare d'entendre un artiste digne de ce nom à la SRC. Cette année j'évite Lanaudière, je choisis plutôt Orford.