Misteur Valaire donne et vend sa musique

Donner sa musique, le groupe Misteur Valaire connaît, lui qui a offert plus de 47 000 fois son disque Friterday Night sur le Web depuis 2007. Deux mois après la parution de son nouveau disque Golden Bombay, cette fois vendu en magasin et téléchargeable en ligne selon la méthode «payez ce que vous désirez», les musiciens jouent la carte de la transparence, et dévoilent des chiffres rares.

Le nombre de disques vendus et les signes de dollars sont souvent tabous dans l'industrie de la musique, surtout depuis que sa santé n'est pas au mieux. Mais pas pour Guillaume Déziel, qui s'occupe de la gérance du quintette électro-pop Misteur Valaire et qui a dévoilé il y a quelques jours le fin détail des résultats du dernier disque du groupe.

Misteur Valaire, dont la pièce Ave Mucho envahit les ondes FM, a opté en mai pour un modèle hybride. D'un côté, le CD est en vente dans les rayons des magasins, et de l'autre, il est offert en format numérique sur Internet à un prix flexible, déterminé par le «téléchargeur». 1 $, 15 $, 0 $, tous les prix étaient le bon. Le groupe Radiohead avait utilisé la même stratégie en ligne pour le lancement d'In Rainbows.

Résultat? Misteur Valaire a écoulé 4000 disques sur son site Web, et tout autant chez les détaillants «officiels». Au 14 juillet, avec la méthode «payez ce que vous désirez», les fans du groupe ont déboursé en moyenne 2,61 $ pour

Golden Bombay. Plus de 64 % des internautes ont téléchargé le disque sans payer, mais en laissant toutefois leur nom, leur adresse courriel et leur code postal. Par contre, en n'étudiant que les payeurs, la valeur de l'album s'élève à 7,37 $.

«Les gens aiment les chiffres ronds, ils donnent soit 5 ou 10 $, explique Guillaume Déziel. Le plus gros montant a été enregistré dans la nuit de mardi, un internaute de Saint-Maurice qui a payé 50 $! Depuis le lancement, on est allé chercher pas loin de 9000 $, en plus de ce qu'on vend en magasin.»

Informations et conversation


Pour Guillaume Déziel, une des clés de la méthode Internet est la récolte d'informations sur les amateurs de Misteur Valaire. «On perd peut-être une partie de revenus à très court terme, mais on gagne beaucoup à moyen et à long termes, en possibilités avec les fans. Ça nous permet de développer une relation et une conversation avec eux.»

Par exemple, lors de leur passage remarqué sur la scène du Nouveau Casino de Paris, mardi, Misteur Valaire a offert des billets aux 12 Parisiens ayant le plus donné pour Golden Bombay.

Le cas de Misteur Valaire n'est certes pas un modèle qui s'applique à tous les artistes, mais il peut servir de révélateur. Déziel retient surtout l'importance de développer des stratégies adaptées aux artistes plutôt que de forcer un modèle unique. «Trop souvent, l'industrie n'écoute pas ses consommateurs», ose-t-il, sur une note plus personnelle.